lundi 26 janvier 2026

Eruptions - 13 - Malédiction

 

Après que ses hôtes se furent retirés dans leur chambre, Gérald monta dans sa bibliothèque. Depuis la fenêtre, il pouvait voir le manoir du comte et apercevoir la faible lueur qui éclairé le salon principal du château. Il resta pensif quelques instants. "Qu’as-tu trouvé pour avoir envoyé tes meilleurs acolytes à la poursuite de ces deux enfants ?"

Il se souvenait de ses siècles passés à tenter de contrer les efforts de Van Dyck et de ses alliés, autant de brillantes victoires que de cinglantes défaites. Nombre de ses amis et compagnons avaient perdu la vie dans ce combat. Depuis qu’il avait rencontré Viviane, il revenait à la vie. Il allait devoir bientôt lui dire qu’il devrait la quitter, la laissant seule avec son enfant dont il savait que ce serait une petite fille. Depuis des générations, c’était des filles et il était le père de la génération suivante. Comment allait-elle réagir ? Pour le moment cette pensée était loin de ses préoccupations. Il étalait sur le bureau un vieux parchemin qui représentait le réseau souterrain qui s’était développé dans les entrailles du pic de Taranis. C’est là qu’il allait devoir une nouvelle fois affronter le professeur Van Dyck.

Depuis sa dernière incarnation, il ne s’était pas passé grand-chose. Le volcan était resté endormi pendant des millénaires et ce n’était pas les soubresauts de l’automne qui avait modifié de manière importante les cavernes multimillénaires. Il repéra la caverne du dragon. Avec Luc, il pourrait l’atteindre sans difficulté et réveiller le monstre qui y était endormi.

Pourraient-ils seulement limiter son réveil pour ne pas mettre en danger trop d’innocents ? Il repensait à son combat sous le Vésuve, il y avait presque deux mille ans. L’affrontement avait été si violent que toute une cité avait été engloutie par la lave et Vesta y avait perdu la vie. Van Dyck ou plutôt Manannan Mac Lir à l’époque avait dû fuir et avait trouvé refuge ici dans une grotte qui se trouve sous le manoir actuel. Gérald retrouva les écrits correspondant à ce que les Veilleurs et leurs alliés avaient pu recueillir sur les pérégrinations de Van Dyck depuis cette époque.

Taranis, l’un des veilleurs avait surveillé leur vieil ennemi pendant de nombreux siècle. Il s’était passé ce qui devait arriver, profitant d’un moment d’inattention de son gardien Manannan disparu de sa grotte et de la petite forteresse noire qu’il avait commencé à faire ériger. Pendant plusieurs siècles, les Veilleurs avaient perdu sa trace avant de la retrouver dans les montagnes de Transylvanie. C’est à cette période qu’il était intervenu de nouveau pour obliger celui qui réussissait à se nourrir de l’énergie émotionnelle des humains à revenir s’enfermer dans son château de Bretagne.

Cette dernière bataille avait laissé Gérald quasiment pour mort et c’est grâce à l’amour qui lui portait une mortelle porteuse du Sang Sacré qu’il resta en vie. Malheureusement pour eux, elle lui permit de survivre en utilisant un sort qui allait la lier à lui à jamais au travers de ses descendantes. Il devrait engendrer à chaque génération celle qui allait lui donner l’énergie vitale. Ses filles et petites-filles seraient à la fois les mères et les grands-mères de ses enfants. Et à chaque génération, la jeune fille qu’il aimait mourrait en mettant au monde sa fille.

Depuis des siècles, cette malédiction les poursuivait, lui et ses filles, depuis maintenant des siècles. Il savait qu’il n’y avait qu’un moyen de la lever, mais cela mettrait fin à ses jours. Mais tant que Van Dyck était en vie, il ne pourrait pas le faire. Pourtant cette fois-ci, l’attachement qui le liait à sa fille, petite-fille était si fort qu’il aurait peut-être la force d’agir pour la sauver, elle et le fils qu’elle portait.


Il chassa ses pensées de son esprit pour se replonger dans ce qui les préoccupait. Comment mettre le professeur hors d’état de nuire définitivement ? L’avènement de l’informatique et des réseaux de communication lui était d’une grande aide. Il devait reconnaître que les hommes avaient fait de grands progrès même s’il allait devenir de plus en plus difficile de rester discret.

Depuis maintenant plus de six mois qu’il était revenu, il avait parfaitement intégré ces nouvelles technologies et avec la fresque de Paris et divers artefacts dont lui avait parlé Luc pendant le repas, il put rapidement trouver ce qu’il cherchait. Il laissa son ordinateur continuer à analyser les résultats de ses recherches et il alla se coucher auprès de sa tendre et douce.

Il releva les divers sorts qui protégeaient la maison avant de s’endormir, mais il n’entendit pas le miaulement de douleur qui retentit dans le jardin.

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