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jeudi 15 janvier 2026

Eruptions - 12 - Villégiature

 

Les jours qui suivirent, Luc et Jane se préparèrent pour ce court séjour sur la côte bretonne. En ce milieu de printemps, le soleil était au rendez-vous et ils espéraient pouvoir profiter de ce week-end prolongé. L’ami de Thibault leur avait proposé de les héberger chez lui. Il avait hérité d’une grande maison dans laquelle il vivait seul avec sa compagne et il avait de la place à revendre.

Gérald les attendait à la gare. Ils le reconnurent sans difficulté, car comme le leur avait précisé Thibault, il était toujours vêtu de noir et ses cheveux ébènes contrastaient avec la pâleur de sa peau. Mais ce qui impressionna le plus Jane, fut ses yeux d’un vert émeraude comme elle n’en avait jamais vu.

— Merci de nous accueillir ! dit Luc en le saluant.

— Les amis de Thibault sont mes amis et quand il m’a parlé de votre aventure et de votre quête, j’ai pensé que je pourrais peut-être vous aider.

Jane et Luc se regardèrent en se demandant ce que Thibault avait pu lui raconter. Il lui avait demandé d’être discret, car ils craignaient que si leur histoire s’ébruitait, ils auraient bien vite à leur trousse tous les amateurs d’ésotérisme.

— Disons que nous aimerions découvrir qui est ce fameux comte Van Dyck et quels sont les secrets qu’il cherche à dissimuler…

Gérald les attrapa rapidement par le bras en les conduisant jusqu’à sa voiture, un véhicule de collection datant des années soixante.

— Chut ! Ne dites pas ce nom trop fort ici. Il a des espions partout dans la ville…

Ils étaient de plus en plus intrigués, mais ils ne prononcèrent plus une parole avant d’être dans la voiture.

— Maintenant, nous pouvons parler tranquilles…

— Il est si dangereux ? interrogea Jane.

— Il n’est dangereux que pour les gens qui contrarient ses projets, sinon il ignore les autres.

— Mais qui est-il ?

— C’est un grand mystère, toujours est-il que sa famille est installée ici depuis des siècles et ce sont eux qui ont construit le manoir que vous pouvez voir sur la colline en face de nous, au milieu du quinzième siècle.

Ils découvraient cette bâtisse imposante et sombre dans le soleil couchant.

— Même si le château comme nous l’appelons ici et son parc sont toujours dans un parfait état et les haies taillées aux cordeaux, très peu de monde entre dans le parc.

— Il doit bien falloir du monde pour l’entretenir ?

— Vous avez raison, Luc. Mais le personnel d’entretien ne sort que rarement du parc. La seule personne qui en entrait et en sortait régulièrement est mon amie que vous verrez ce week-end. Le comte lui louait une chambre en échange de menus services.

Ils sourirent. Décidément, cela semblait si simple, à peine arrivé et ils allaient être en contact avec une personne qui connaissait le comte.

Gérald continuait sa visite touristique du centre-ville.

Ma maison est de l’autre côté de la ville, mais avec les sens interdits dans la vieille ville, il faut faire tout le tour.

Ce n’est pas grave, nous avons le temps ! dit Jane.

— Oui ! Mais Viviane vous attend avec impatience, elle a hâte de rencontrer des célébrités, dit-il en clignant de l’œil.

— Des célébrités, c’est vite dit, on est passé une fois au journal…

— Vous êtes passé en boucle pendant deux jours, mais vous avez frustré les journalistes avec votre réponse : On ne se souvient de rien !

— C’est une réalité, pour nous cela ne nous a pas semblé durer plus d’une journée…

— Je le sais, ne vous inquiétez pas. J’ai connu ce genre de situation aussi, mais nous en parlerons en dînant.

Sans leur laisser le temps de répondre, il enchaîna sur les divers monuments qu’ils longeaient. Il leur expliqua que la cité avait été construite en étoile depuis le monastère qui en était le centre et qu’au sommet de chaque pointe, se trouvait un temple. Le manoir du professeur avait été construit sur un de ces antiques lieux de culte ainsi que sa maison. Il ajouta que la pointe au nord de la ville, le couvent et le cratère du pic de Taranis étaient parfaitement alignés.

— Vous verrez que cette ville regorge de symbole ésotérique à qui sait regarder…

— Pourtant ce qui en fit sa renommée fut plus ses marins et ses armateurs que la magie… l’interrompit Luc.

— Oui c’est vrai ! Mais je pense que cette intrépidité de nos marins fut encouragée par certaines personnes qui avaient intérêt à ce que l’attention des gens ne soit pas braquée vers eux… D’ailleurs les touristes qui viennent, ne prêtent pas attention au manoir du comte, au monastère et encore moins à ma maison. Ils viennent pour la plage, les histoires de marins, d’aventuriers et en hiver pour le ski sur les pentes du Taranis.

— Cet hiver, ils ont dû être frustrés, non ? dit Jane

Elle regardait vers le sud, les derniers rayons du soleil éclairaient le sommet du volcan. Les récentes cendres volcaniques lui donnaient une couleur apocalyptique avec les nuages rouges qui entouraient son sommet.

— Vous n’avez pas eu peur lors de l’éruption de l’automne ?

Les vents ont poussé le nuage de cendres vers le sud-est, elles ont juste recouvert la forêt qui s’étalait sur ses flancs, mais ce ne fut pas une éruption violente. Par sécurité, la station de ski n’a pas ouvert, mais rien de comparable au Pavin. Et chose étrange, tout s’est arrêté le jour de votre réapparition.

— Le hasard ! souffla Luc.

— Oui ! Le hasard sûrement, mais nous arrivons !

Gérald s’engagea sur une allée gravillonnée et entra la voiture dans le garage attenant à la maison, une villa d’architecte de l’après-guerre tout en cube.

Dans le salon, Viviane les attendait souriante.

— Merci pour votre accueil, dit Jane en souriant.

Répondant à son sourire, leur hôtesse lui répondit :

— De rien ! Installez-vous. J’ai préparé quelques petites choses à grignoter pendant que vous nous raconterez vos aventures. Je crois que nous avons beaucoup de choses en commun.

Les deux jeunes gens étaient de plus en plus déboussolés. Pendant que Gérald ouvrait une bouteille de Sauternes d’un grand millésime, ils s’assirent autour de la table basse recouverte de petits amuse-gueules.

— Que voulez-vous dire par : « nous avons beaucoup de choses en commun » ?

Viviane sourit à Luc.

— Gérald est le descendant d’une famille qui depuis toujours veille sur certains lieux “magiques”. Quand je l’ai rencontré, il m’a fait visiter et il vous conduira à des grottes qui devraient vous rappeler quelque chose.

Jane se tourna vers leur hôte.

— Oui ! Quand j’ai laissé la carte des catacombes à Thibault, je pensais que ce serait lui qui découvrirait cette pièce. J’ai été très surpris de vous découvrir à la télé.

— Mais pourquoi lui ?

— Parce qu’avec son chef, Paul, il a déjà exploré les entrées du sur-monde. Ils n’ont pas la possibilité de franchir les portails comme vous l’avez fait, mais il pouvait les étudier.

— Oui nous l’avons traversé grâce à la pierre, mais qu’est-ce que cela change ?

— Pour traverser ses passages, il faut posséder une pierre comme celle que vous aviez ou alors être un “Appelé” ou un de ses descendants.

— Ce n’est pas si simple ! compléta Gérald. Il faut descendre d’un Appelé, c’est sûr, mais il faut aussi que les gènes de cet Appelé ne soient pas trop dilués.

— Athéna nous a parlé des “Appelés”, en effet !

Les mots de Jane figèrent Gérald et Viviane. Il fut le premier à se remettre.

— Vous avez rencontré la déesse Athéna ?

— Oui lorsque nous avons franchi le portail. C’est elle qui nous a sauvés des griffes d’une envoyée du comte Van Dyck.

— La situation doit être plus grave que je ne le pensais alors, dit-il en frissonnant. Pour qu’une déesse en personne intervienne, c’est que le professeur Van Dyck est bien près de réaliser ses sombres desseins. Que vous a-t-elle dit ? Vous a-t-elle confié quelque chose comme ceci ? Acheva-t-il de dire en sortant de sous sa chemise une pierre aussi verte que ses yeux.

— Vous êtes inquiétant. Que désire-t-il tant que cela ? Athéna nous a dit qu’il était un Appelé, il peut donc voyager comme il l’entend au travers des portails.

— En théorie, oui ! Mais quand il a commencé à vouloir modifier le cours de l’histoire selon son envie et non pour accompagner l’évolution de l’Humanité, il a perdu ce pouvoir de voyager.

— Vous aviez dit que c’était quelque chose de génétique…

— En effet, mais il existe une puissance bien supérieure à celle des dieux et des déesses… et c’est cette puissance que le conte Van Dyck veut défier et mettre à mal.

— Comment peut-il faire ? On a tous été témoin de la puissance d’Athéna ! Et je ne suis même pas sûre qu’Athéna y ait été pour grande chose, c’est plutôt le combat entre Keireen et Sophia qui a dégagé toute cette énergie.

— Keireen ! Vous dites ?

— Oui Keireen a surgi derrière nous au moment où Jane a posé la pierre dans l’œil de la chouette…

— Attendez ! J’ai du mal à vous suivre. Reprenez votre histoire dès le début, à partir du moment où Thibault vous a donné une copie de la carte.

Luc raconta une nouvelle fois leurs aventures. Gérald écoutait et il demandait des précisions sur ce qu’il avait pu ressentir ou voir à certains moments bien précis. Tout en parlant, il réfléchissait à ce qu’ils allaient bien pouvoir faire pour contrecarrer les plans machiavéliques de cet homme.

— Avez-vous remarqué des chats ou des gros félins ?

— Oh oui ! s’exclama Jane. Lors de notre deuxième visite dans les catacombes, j’ai cru apercevoir un gros chat orangé.

— Ce n’est pas bon signe !

— Pourquoi ?

— Il s’agit de l’âme damnée du comte. C’est lui qui se charge de toutes les basses besognes.

— C’est juste un gros chat !

— Oh non ! intervint Viviane. Ce n’est pas un gros chat ! C’est un démon, une créature infernale.

— Oui ! Comme vous l’a dit Athéna, le professeur a utilisé ses pouvoirs pour attirer vers lui et les asservir à ses besoins des créatures du sur-monde. Si vous me dites que vous avez dû affronter Keireen cela veut dire que ses pouvoirs ont terriblement augmenté. En disant cela, il regarda sa compagne. Peut-être est-ce lié à toutes les livraisons que tu as faites pour lui au couvent lors des premiers mois de ton arrivée ?

Viviane baissa le regard comme une enfant prise en faute.

— Je ne le savais pas. Cela faisait partie de mon contrat de location, assurer des livraisons pour lui en échange de ma chambre.

— Je le sais ma chérie, je ne t’en veux pas. Tu ignorais qui était vraiment le compte…

— Et il est si charismatique…

— Il se fait tard, conclut Gérald. Nous devrions aller nous coucher et nous verrons demain matin ce que nous pouvons faire.

Ils ramassèrent les restes du repas et Gérald leur fit rapidement visiter la maison avant de les accompagner dans leur chambre. C’était une sorte de petit appartement indépendant en duplex dans un des cubes satellites du bâtiment principal.

— Vous serez au calme ici. Avec Viviane, nous occupons le satellite opposé. Installez-vous tranquillement, et à demain !

— À demain et merci Gérald ! lui dirent-ils.


Jane et Luc ne purent résister à la tentation d’admirer le spectacle nocturne que leur offraient la ville et la baie.

— C’est vraiment magnifique, j’espère que demain, nous pourrons faire un tour dans le centre-ville.

— Oui, j’en suis sûr. Nous sommes là pour quelques jours et nous allons en profiter.

— Ce clocher m’intrigue… dit Jane en montrant le couvent. On a l’impression qu’il n’a rien à faire ici. Regarde, ses pierres noires tranchent avec la couleur des autres bâtiments.

— Nous irons demain pour voir cela de plus près. Je suis fatigué ce soir ! lui répondit Luc en s’étirant et en s’allongeant sur le lit.

— Luc !… Viens voir !… Ah, trop tard !

— Qu’y a-t-il ?

— J’ai cru voir passer le félin qui j’avais aperçu dans les catacombes.

Luc se releva et rejoignit sa compagne près de fenêtre.

— Où cela ?

Jane tendit le bras vers un bosquet qui cachait le mur d’enceinte.

— Derrière ces arbustes…

— J’irais voir demain matin, lui dit-il.

Ils se couchèrent, mais leur sommeil fut parcouru de rêves étranges qui les menaient du couvent, au volcan en passant par l’inquiétant manoir du comte.

lundi 22 décembre 2025

Eruptions - 11 - La Fresque

Après avoir passé de longues heures sur les images et les vidéos prises dans les catacombes, Thibault avec l’aide de Laurence, put enfin apporter une première réponse aux interrogations de Luc et Jane. Il leur proposa de passer le voir un soir pour leur donner ses premiers résultats. Ils s’installèrent dans une salle de réunion et il projeta sur le mur ce qu’il avait pu découvrir. Paul, le responsable de Thibault, était présent aussi. C’est lui qui commença à parler.

— Ce que vous avez découvert est assez surprenant car cela correspond à une fresque bien plus ancienne que vous ne le pensiez.

— Expliquez-nous ! dit Jane.

— Quand Thibault m’a montré les premières photos, je me suis douté que ce n’était pas une fresque réalisée au Moyen Âge, les personnages représentés ne ressemblent pas à ceux que l’on voit sur les fresques de cette période… De plus les lettres utilisées ressemblent à celles de l’alphabet runique…

Il les regarda digérer cette information.

— Mais les runes étaient utilisées par les Vikings…

— Oui Jane ! Vous avez raison. Mais dans ce cas elles sont bien plus anciennes. J’ai fait dater les pigments utilisés pour peindre et vous n’allez pas en croire vos oreilles.

Ils étaient tout ouïe.

— Ces pigments datent d’environ mille ans avant notre ère.

— Mais c’est impossible ! rétorqua Luc. Cette fresque semble avoir été peinte il y a quelques mois.

— Oui ! Et c’est ce qui est intrigant. Les pigments datent d’environ trois mille ans, mais les outils utilisés pour faire la fresque ne datent que de moins de cent ans.

Luc et Jane se regardèrent.

— Les passages ! dirent-ils en chœur.

Paul les fixa intrigué, les passages, avez-vous dit ? Vous connaissez leurs existences ?

Les deux jeunes gens lui racontèrent donc leur histoire. Il les écouta sans ciller puis il reprit la parole.

— Je me doutais bien que votre histoire cachait ce genre de choses. Mon épouse m’a souvent parlé de ces passages. Elle est convaincue de leur existence même si elle n’en a jamais franchi un seul. Elle me répète qu’elle est capable de sentir leur existence et de les traverser comme tous les membres de sa famille.

— Alors que cache cette fresque ? Insista Jane.

Thibaut prit alors la parole.

— Il semble que ce soit une carte qui indique l’entrée de différents tunnels permettant d’accéder au « Sur-monde ».

— Le « Sur-monde" ?

— Oui, ce serait un lieu où le temps et l’espace seraient différents du monde dans lequel nous vivons. Sur la fresque, nous voyons représentés cinq volcans dont le Pavin, et le pic de Taranis en Bretagne. Il y aussi un lac au sud de Paris, la forêt de Brocéliande, l’entrée d’une grotte dans le sud de la France…

— Tous ces points seraient des points de passages ?

— Exactement ! C’est ce que nous pensons tous les trois, dit Laurence.

— Mais s’ils sont si nombreux, pourquoi personne n’en parle nulle part ?

— Parce que rares sont ceux qui peuvent les franchir. Élisabeth me dit qu’elle en a la possibilité, mais elle ne l’a jamais fait. Elle a trop peur de ce qui pourrait se passer.

— Comme ressortir des années après y être entrée ?

— Exactement…

— Nous avons eu de la chance alors ?

— Sûrement, mais vous étiez sous la protection d’une déesse et je pense que vous l’êtes toujours.

— Pourquoi ?

— Parce que si j’en crois la suite du texte que nous avons pu déchiffrer, il y a un terrible conflit qui affecte le « sur-monde ». Un conflit dont certains acteurs sont humains et d’autres non-humains. Il y avait dans cette pièce un objet que vous avez trouvé et qui est au centre de ce conflit. En le découvrant et en l’utilisant, vous êtes au centre de la guerre, compléta Laurence.

— Sommes-nous en danger ? demanda Jane, inquiète.

— Je ne pense pas, mais je pense que vous trouverez d’autres réponses en vous rendant en Bretagne, ajouta Paul.

— Pourquoi la Bretagne ?

Thibault étala une carte allant de Saint-Malo à Rennes.

— Regarde Luc ! Ici se trouve le pic de Taranis qui est entré en éruption en même temps que le Pavin. Au centre de la ville se trouve un ancien monastère encore en activité, occupé, par une congrégation de religieuses assez étranges. Le couvent comporte une église, mais cette congrégation n’est pas reconnue par Rome.

— Ce ne sont pas des religieuses catholiques ?

— Impossible de le savoir, personne n’assiste à leurs offices. Elles vivent du produit de leur potager et surtout d’un alcool qu’elle produise dans le couvent.

— Un alcool aux propriétés particulières, précisa Laurence.

— Il serait aphrodisiaque d’après certains ! reprit Thibault. Ce qui expliquerait son succès aujourd’hui. Mais il semble qu’autrefois, il servait lors de séances d’exorcisme.

— Et pourquoi nous parler de ce couvent ? demanda Jane.

— Il semble que depuis quelques mois, il soit à l’origine de manifestations étranges. Les voisins se plaignent de bruits pendant la nuit et parfois il y aurait des éclairs de lumières qui seraient visibles au travers des vitraux de la chapelle…

Coupant la parole à son chef, Thibaut enchaîna.

— Ce n’est pas tout !

Avec son index, il montra cinq points sur la carte. Ses points forment les sommets d’un pentagone, mais ce peut être aussi les sommets d’une étoile à cinq branches. Il commença à dessiner sur la carte.

— Un pentacle ! dit Jane.

— Exactement, ce monastère des pandorines est le centre d’un pentacle.

— Mais ! Un pentacle n’est-il pas fait pour invoquer des démons ?

— Si ! Tu as raison Luc. Et un pentacle de cette taille pourrait faire apparaître une créature d’une puissance extraordinaire.

Les regards se tournèrent vers Laurence qui continua.

— J’ai fait des recherches sur ces points. Ils correspondent aux plus anciens bâtiments de la ville.

Elle montrait les sites les uns après les autres en commençant par celui le plus au sud, tout en parlant.

— Un lycée, ancien séminaire. Un immeuble d’habitation, autrefois un petit manoir fortifié. Une magnifique demeure datant de la renaissance, mais bâtie sur un ancien temple romain. Le phare ! dit-elle en pointant son doigt sur une île au centre de la baie. Et un manoir, habité depuis des générations par la même famille, la famille des comtes Van Dyck…

À ce nom, Jane et Luc sursautèrent.

— Van Dyck ! dit Luc.

— Oui pourquoi ? demanda Laurence.

— Athéna nous a parlé de lui, comme étant un “Appelé” qui aurait retourné sa veste et chercherait à éliminer les anciens dieux les uns après les autres.

— Je pense que nous devons nous rendre là-bas ! dit Jane.

— Oui tu as raison. Il va faire beau, ce sera l’occasion d’un petit séjour au bord de la mer.

— Mon ami Gérald vit là-bas.

— Qui ?

Celui qui m’a donné la carte des catacombes. Vous devriez aller le voir, il pourra peut-être vous aider, surtout si vous devez entrer dans des souterrains. C’est le seul type que je connaisse qui a une boussole dans le crâne, il sait toujours où nous sommes.

— Oui si tu veux. On passera le voir.

Au cours de la soirée, Paul continua à expliquer ce qu’ils avaient pu mettre en évidence avec la fresque et il finit en disant que le service des catacombes avait de nouveau muré l’entrée pour éviter qu’elle soit dégradée. 

samedi 13 décembre 2025

Eruptions -10- Retour aux Catacombes

 

Retour aux catacombes


Quelques jours après la dispute entre Jane et Luc, Thibault passa les voir. Il ne les trouva pas dans leur appartement. Il se rendit donc dans l’atelier boutique de Jane qu’il trouva en plein travail. Même si elle avait accepté les explications de Luc, elle lui en voulait encore, elle aurait préféré qu’ils en parlassent ensemble avant.

— Salut Jane ! Luc n’est pas rentré ?

Elle leva les yeux de son ouvrage et lui sourit.

— Non, pas encore, avec notre absence, il y a des dossiers qui ont pris du retard. Il reste un peu plus longtemps au bureau en ce moment.

— Tant pis, je passais pour lui dire que j’avais eu les autorisations pour aller dans les catacombes.

— Tant mieux, tu pourras le lui dire quand il sera là… Puis elle replongea dans son travail de précision.

— Jane excuse-moi ! Je ne pensais pas que cela t’affecterait autant, mais Luc et moi sommes comme les doigts de la main depuis que nous sommes enfants.

— Oh ! Ne t’inquiète pas, je n’ai rien contre toi. C’est à Luc que j’en veux.

Il ne pensait pas à mal !

— Oui, mais s’il ne respecte pas sa parole à ce sujet, puis-je encore lui faire confiance ?

— Évidemment que tu peux ! Je le connais depuis si longtemps que je sais qu’il ne te fera jamais de mal. Il savait qu’il pouvait m’en parler et que je le croirai. Il avait aussi besoin de m’en parler. Il est avec moi comme il est avec toi, il n’a aucun secret pour moi, comme je n’en ai aucun pour lui… Enfin presque ! Finit-il de dire avec un clin d’œil.

Cette dernière remarque fit rire Jane qui se leva et alla embrasser le jeune homme.

— Écoute je ferme l’atelier. De toute manière à cette heure-ci plus personne ne viendra puis on va monter attendre Luc.

Quelques minutes plus tard, ils étaient assis sur le canapé du salon. Jane racontait sa version de leur disparition à Thibault.

— OK, tu me racontes la même chose que Luc, mais tu ne te souviens de rien qui pourrait être différent ?

— Je ne vois pas. Tout a commencé quand nous avons ramassé ce coffret dans la salle avec la fresque dans les catacombes…

— Quelle fresque ?

— Tiens regarde…

Jane sortit alors son téléphone et lui montra ce qu’elle avait filmé lors de leur escapade dans le sous-sol parisien.

— Je ne l’avais encore jamais vu, il ne s’agissait pas de la salle dont j’avais parlé à Luc…

— Pourtant, il a suivi exactement tes instructions sur le plan !

— Oui je me doute, mais je ne comprends pas. Pourrais-tu me donner une copie de cette vidéo, j’aimerais la voir plus en détail.

— Oui ! Bien sûr ! Je te fais cela de suite.

Pendant que la jeune femme effectuait la copie de son fichier, Luc arriva. Les deux garçons s’embrassèrent comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis de nombreuses années.

— Que fais-tu là ?

— Je voulais vous voir tous les deux par rapport à ce que tu m’as raconté l’autre soir…

Luc regarda son amie qui lui souriait.

— C’est bon, je lui ai moi aussi tout raconté.

Elle tendit à Thibault une carte mémoire.

— Tiens ! Voici la vidéo.

— De quelle vidéo parles-tu ? lui demanda Luc.

— De celle que j’ai prise dans les catacombes…

— Ah oui ! La fresque ! Je l’avais oubliée.

— Peux-tu la passer sur la télé, on la verrait mieux que sur l’ordi…

— Oui je fais cela de suite. Jane relia son ordinateur à l’écran géant et aussitôt ils purent avoir une vision géante de ce qui y était représenté.

— La lumière est un peu faible et on ne distingue pas tous les détails, mais il me semble que l’on dirait qu’il s’agit d’une ville en bord de mer avec un volcan non loin, et là d’autres volcans avec un symbole sous chacun.

— Luc, tu te souviens comment rejoindre cette salle ?

— Oui je pense, mais c’est la salle dont tu m’avais parlé, non ?

— Non pas du tout, la salle dont je te parlais était une salle où se trouve encore du matériel que les résistants parisiens avaient planqué pendant la guerre. Là, c’est une salle qui semble tout droit sortie du Moyen Âge…

— Pourtant j’ai suivi exactement les indications que tu m’as données, mais ne t’inquiètes pas, je saurais la retrouver.

— Oui avec du matériel pour filmer et prendre de meilleures photos.

— Dites les gars ! C’est bien beau de vouloir y retourner, mais vous oubliez qu’il ne faut pas se faire prendre et que nous avons été suivis là-bas…

— Nous avons les autorisations nécessaires, ne t’inquiète pas !

— Si tu le dis !

Sur ces paroles, les trois jeunes gens commandèrent des pizzas pour se restaurer. Jane et Luc se réconcilièrent ensuite sous la couette.


Quelques jours plus tard, Thibault les informait que tout était prêt pour leur exploration du sous-sol parisien et qu’ils seraient même escortés, pour leur sécurité. Il leur donnait donc rendez-vous la semaine suivante devant l’entrée.

Accompagné par deux employés des catacombes, le petit groupe auquel Laurence, la collègue de Thibault, s’était jointe, avançait prudemment dans ces souterrains mal éclairés. À l’embranchement où Luc et Jane avaient quitté le groupe de visite quelques mois plus tôt, ils quittèrent le circuit officiel.

— Où vous êtes-vous procuré cette carte ? Demanda l’un des employés.

— C’est un ami qui la possédait et qui m’en a fait cadeau… Il connaissait mon goût pour l’exploration souterraine et me l’a donnée avant de quitter Paris pour la province.

— Elle est bien plus détaillée que celle que nous avons de ce secteur…

— Je vous la laisserai quand nous aurons fini, cela pourra vous permettre de mieux connaître ces lieux.

— Merci !

Ils continuaient leur progression vers la cheminée qui allait leur permettre d’atteindre le niveau de la salle de la fresque.

— Vous avez entendu ? chuchota Jane.

Tous s’arrêtèrent en prêtant l’oreille.

— Non je n’entends rien ! dit l’autre employée des catacombes. Et nous avons fermé la grille après notre passage. Je ne vois pas qui aurait pu nous suivre.

Laurence dirigea sa torche vers l’extrémité du couloir que pointait Jane.

— Il n’y a rien…

— Je suis pourtant sûre d’avoir entendu un bruit.

— Peut-être un rat qui passait. Il y en a tellement… répondit l’employée, blasée.

Alors que les premiers s’engageaient sur l’échelle métallique, Laurence prise d’un doute, refit un balayage du couloir. Son aventure dans le sud avait laissé des traces.

— Regardez ! Là-bas ! On dirait un gros chat…

Les trois femmes fixaient l’extrémité du faisceau lumineux et purent entrevoir le bout de la queue orangée d’un gros félin.

— Un chat ! Cela semble énorme…

— Ils ont de quoi se nourrir dans ce réseau infesté de rats. Mais c’est à notre tour de descendre. Allez-y, je vais fermer la marche.


Quelques minutes plus tard, Luc leur montrait l’entrée de la salle où ils avaient découvert le coffret. Comme eux, la première fois, leurs compagnons étaient éblouis par la beauté irréelle de la fresque. Alors qu’ils mettaient en place le matériel d’éclairage, la jeune femme qui les accompagnait remarqua de nouveau la présence du chat.

— On dirait qu’il nous a suivis… murmura-t-elle.

— Qui nous a suivis ? demanda Jane.

— Le chat, je pense que je viens de l’apercevoir passer en courant devant l’entrée.

— En parlant d’entrée… dit l’autre employé, pas étonnant que personne n’ait remarqué cette pièce avant vous… Regardez ! Cette porte était cachée par une fine couche d’enduit qui au fil du temps s’est effritée. Tout l’enduit a dû tomber d’un coup.

— Comment cela ! Demanda Thibault en relevant la tête de la caméra qu’il mettait en place.

— Regardez ce tas de plâtre au sol…

Ils purent tous voir le petit tas de gravats qui se trouvait devant la porte.

— C’est bizarre ! dit Luc. Nous n’avons rien remarqué la première fois.

— Regardiez-vous au sol ?

— Non ! Nous cherchions la porte et une fois entrés, nous avons admiré la fresque. Et c’est un bruit étrange qui nous a fait repartir. On ne voulait pas être surpris.

Après avoir pris un ensemble d’images et de vidéos ainsi que des mesures au laser de la chambre souterraine, tous regagnèrent la surface.

La place était libre pour que l’espion qui les suivait puisse à son tour faire ses propres recherches. Avec ses sens différents de ceux des humains qui l’avaient précédé, il remarqua de suite des anomalies que Luc et Thibault allaient mettre plusieurs jours à comprendre et surtout il savait lire les caractères écrits sur la fresque. Il prit le temps de mémoriser ce qu’il voyait et ressentait.

Le Maître devrait être satisfait de ce que je vais lui ramener, pensa-t-il.

Il reprit sa forme féline et quitta discrètement le sous-sol parisien non sans avoir prélevé sa part sur les rats qui fuyaient devant son passage. Le retour au manoir allait être long, il était préférable d’avoir l’estomac rempli.

jeudi 6 mai 2021

Eruptions -08- Soirée

  

Quelques semaines plus tard, Jane et Luc venaient enfin de pouvoir réintégrer l'appartement qu'ils avaient quitté à l'automne après de longues démarches administratives. Les clients recommençaient à trouver le chemin de la petite boutique de Jane et Luc avait pu retrouver son travail et y avait gagné une collaboratrice. Il avait demandé à ce que la personne qui avait été embauchée à sa place pendant son absence ne soit pas licenciée.

La pierre que leur avait donnée la déesse Athéna avait rejoint la collection de galets de Jane, et seul un œil averti pouvait voir qu'il était légèrement différent des autres. La nuit, elle luisait légèrement dans le salon et libérait des ondes positives afin de protéger les deux jeunes gens de l'influence maléfique du comte Van Dyck. Elle avait aussi d'autres propriétés dont ils ne se rendraient compte que plus tard.

Pour fêter leur retour à la vie, ils avaient organisé une petite soirée avec leurs amis proches. Ce soir-là, ils étaient sept dans le salon autour de la table basse. Thibault et sa copine, Sandrine, la nouvelle collègue de Luc, Kathryn, l'amie d'enfance de Jane et son mari Dieter les pressaient de questions. Ils voulaient tous savoir comment ils avaient pu survivre plusieurs mois dans les entrailles de la Terre.

— On se souvient seulement d'avoir entendu une explosion, puis le tunnel s'est effondré derrière nous… Nous nous sommes évanouis et quand nous nous sommes réveillés, nous étions à quelques mètres de la sortie du souterrain.

C'est la version qu'ils avaient présentée aux médecins et aux gendarmes. Des psychiatres les avaient rencontrés et tous avaient conclu à une amnésie partielle. Les gendarmes, les services spécialisés dans les recherches géologiques et minières et des spéléologues avaient exploré les souterrains sans rien trouver. Une enquête judiciaire avait même été demandée pour enlèvement et séquestration, mais en l'absence d'éléments concrets, tous ces dossiers étaient classés au fond d'armoire dans les différentes administrations concernées. Seuls les spéléologues avaient trouvé un nouveau terrain de jeu surtout depuis la fin de l'éruption du Pavin.

Alors que les filles et Dieter admiraient les créations de Jane, Thibault prit Luc à l'écart.

— Ne me raconte pas de conneries, je sais bien que vous n'avez pas disparu pendant six mois sans vous souvenir de rien. J'ai vu les photos du coffret… et du parchemin.

— Effectivement ! Nous ne sommes pas restés six mois sous terre. Mais si on raconte la vérité, personne ne nous croira.

— Vous connaissant, vous avez pris des photos de votre exploration et tu sais que je suis un fan de l'exploration souterraine…

— Oui ! Bien sûr ! mais nous ne les avons montrées à personne. Personne ne nous les a demandées non plus. Qu'espères-tu découvrir ?

— Tu te souviens que l'été dernier, j'ai participé à des fouilles avec mon chef sur la propriété que sa femme a reçu en héritage.

— Oui ! Très bien ! Tu m'avais même dit que vous aviez trouvé un truc incroyable…

— Oui ! Exact, mais je ne t'ai pas non plus tout raconté… Il y avait aussi une grotte, ou plutôt un souterrain…

— Et…

— Tu me connais, je n'ai pas pu m'empêcher d'aller l'explorer.

— Oui, je me doute.

— L'entrée ressemblait à une entrée de mine, mais après quelques mètres j'ai découvert des sortes de bas-reliefs sur les parois.

Le regard de Luc changea.

— Des bas-reliefs ! De quelle sorte ?

— Je dirai qu'ils remonteraient à la période de la préhistoire, un peu comme ceux que l'on peut voir sur certains menhirs sculptés.

— Viens dans la chambre, je vais lancer mon ordi et prendre la carte mémoire sur laquelle il y a les photos que nous avons prises avec Jane.

Les deux hommes s'isolèrent du groupe et ils commencèrent à regarder les images prises quelques mois plus tôt dans la montagne auvergnate.

— C'est sympa comme endroit, je ne connais pas…

— Oui, mais avec l'éruption, le paysage a pas mal changé.

— Je m'en doute… Là ! Regarde ce symbole au-dessus de l'entrée, c'est le même que celui que j'ai vu chez Élisabeth.

— Attends ! Tu n'as pas tout vu. Luc fit défiler rapidement le dossier et il s'arrêta sur la photo de la chouette gravée sur la paroi.

— Cela me dit quelque chose ! Attends ! Tu permets ? Lui dit-il en commençant à taper quelques mots sur le clavier de l'ordinateur pour faire une recherche d'images.

— Voilà ! C'est la chouette qui était gravée sur le bouclier de la statue de la déesse Athéna qui se trouvait dans le Parthénon.

— Tu ne crois pas si bien dire…

— Explique-moi !

— Tu te souviens que dans le coffre, en plus du parchemin, il y avait aussi une pierre !

— Oui, une pierre grise qui ne payait pas de mine…

— Oui exactement ! Mais cette pierre s'encastrait parfaitement dans un des yeux de la chouette.

— Et vous l'avez placée ?

— Oui et c'est là que tout a commencé…

Luc baissa le ton et il raconta l'arrivée inopinée de Keireen puis leur sauvetage inattendu par Sophia et enfin leur arrivée dans cette immense bibliothèque.

— La chouette serait donc une sorte de porte ?

— Pas une porte, c'est un point de passage. Regarde la suite des photos !

Il lui montra donc les quelques photos prises pendant qu'ils découvraient les différents ouvrages réunis avant que la déesse n'arrive.

— C'est stupéfiant ! Ne put se retenir de s’exclamer Thibault. Tout ce savoir à portée de main !

— Oui…

— Et maintenant tout cela a été perdu au cours de l'éruption. J'en connais une qui, si elle savait cela serait complètement désespérée.

Luc ne répondit pas immédiatement. Il se demandait ce qu'il pouvait dire à son ami. Il lui faisait confiance.

— Tu me promets de ne pas répéter ce que je vais te dire.

— Promis.

— Bon ! Alors voilà comment cela s'est passé… Luc se tut un instant.

— Chéri ! Je descends montrer ma boutique… On revient dans quelques minutes…

— Pas de problèmes !

— Ne buvez pas tout ! s'exclama-t-elle dans un grand éclat de rire.

Ils entendirent la porte de l'appartement se refermer et Luc reprit son récit.

— Lorsque Jane a posé la pierre dans l'œil de la chouette, il y a eu une vibration et une sorte de lumière bleuâtre est apparue, surpris, nous nous sommes reculés. C'est à ce moment que Keireen nous a sauté dessus. Nous avons d'abord cru qu'elle était folle, mais quand elle a sorti une épée, nous avons bien cru que nous étions fichus. Sophia a alors émergé du portail et s'est jetée sur l'autre en nous criant de le traverser en entrant dans la lueur… Tu te doutes bien que fichu pour fichu, nous avons obéi.

— Oui ! Normal ! Je pense que j'aurais fait comme vous…

— On a donc atterri dans un vestibule qui donnait sur cette immense salle que tu as vue sur les photos. Il n'y avait aucun bruit et nous avons commencé à avancer pour nous éloigner du portail. Avec les deux femmes qui s'affrontaient dans la mine, nous avons surtout pensé à nous éloigner pour sauver notre peau. De plus, l'atmosphère était apaisante et rassurante. On avait presque fini de traverser la bibliothèque quand Jane a posé une question et devine qui nous a répondu ?

— Aucune idée… répondit Thibault qui n'avait pas envie de jouer aux devinettes.

— La déesse Athéna en personne…

— Non ! Arrête tes blagues.

— Je suis sérieux. C'est elle qui nous a expliqué où nous étions et qui étaient les deux guerrières.

— Luc continua son récit jusqu'au moment où ils avaient trouvé les gendarmes dans la vallée.

— En fait vous ne mentez pas vraiment en disant que vous ne vous ne souvenez de rien… le regarda Thibault.

— Oui pour nous, c'est comme s'il ne s'était écoulé que quelques heures.

— Ce que tu me racontes me rappelle quelque chose que j'ai cru voir lorsque nous étions dans le sud pour les fouilles.

— Quoi donc ?

Un soir, alors que je travaillais sur la terrasse avec mon ordi, j'ai levé la tête, car il me semblait avoir entendu un bruit et j'ai cru apercevoir une lueur bleue dans la chambre de ma collègue. Je pensais qu'elle était elle aussi devant un écran, mais ce qui était bizarre c'est qu'il y avait comme une sorte de vibration dans l'air.

— Suis-moi ! Luc entraîna Thibault de nouveau dans le salon et lui donna la pierre que leur avait confiée Athéna.

Thibault sursauta, c'était la même vibration !

— Oui et cette vibration lorsqu'elle est placée à certains endroits doit permettre d'ouvrir des passages vers la bibliothèque.

— Ou ailleurs… Une clé pour passer de monde en monde.

— Je ne sais pas. Je n'ai pas encore pu me pencher sur le sujet, mais dès que cela sera plus calme, je pense que je vais m'y atteler.

— Quand tu m'as parlé de ce professeur "je ne sais plus qui"...

— Van Dyck !

— Oui c'est ça ! Tu m'as bien dit qu'il habitait un manoir dans une cité balnéaire ?

— Oui ! C'est ce que nous a dit la déesse. J'ai du mal à concevoir que c'est bien Athéna, mais avec ce que nous avons vécu, je me dis, pourquoi pas !

— J'ai un ami qui est prof dans un lycée là-bas. C'est lui qui m'a initié à l'exploration des catacombes. De plus, il a l'air super calé dans l'ésotérisme. Il est un peu barré, un soir où on avait un peu trop bu, il m'a sorti qu'il avait plusieurs siècles…

— In vino veritas…

Les deux jeunes hommes rigolèrent puis Thibault enchaîna.

— S'il y en a bien un qui peut t'aider à découvrir le mystère qui se cache derrière votre aventure et ce Van Dyck, c’est lui. Je vais l'appeler pour lui en parler.

Au même moment, les autres revenaient de leur visite. Thibault fit découvrir à Kathryn et Dieter la subtilité du mélange entre le foie gras et le Sauternes.

Jane se liait avec Sandrine et Margaux, la copine de Thibault. Et lorsqu'ils se séparèrent, ils se promirent de refaire ce genre de soirées même si les deux Sud-Africains seraient rentrés chez eux.

Une fois seuls, Jane regarda Luc.

— Toi ! Tu as quelque chose à me dire…

— C’est-à-dire que… Il baissa la tête, honteux comme un enfant pris la main dans le sachet de bonbons.

— Dis-moi ! Allez !

Luc se lança d'un seul coup et souffla après avoir dit la phrase fatidique.

— J'ai tout raconté à Thibault.

— Tu es malade ! On s'était juré de ne rien dire à personne et de s'en tenir à la phrase que l'on a sortie aux gendarmes en ressortant de la grotte.

— Je sais ma chérie ! Mais c'est mon meilleur pote et je sais que je peux lui faire confiance.

— Lui, peut-être ! Mais Margaux est journaliste… Une histoire comme cela, c'est le scoop du siècle pour elle.

— Je te garantis qu'il ne dira rien, d'ailleurs écoute-moi…

— Non pas ce soir ! Putain… Bordel… La soirée s'était super bien passé et faut que tu gâches tout en racontant tout à Thibault.

Jane se leva du canapé et elle alla s'enfermer dans la chambre exaspérée. Luc l'entendit marmonner : "on dit que les filles ne savent pas se taire, mais les mecs, c'est pas mieux."

Il finit de ranger seul les restes du repas et de nettoyer le salon sans faire trop de bruit. Il éteignit la lumière avant d'aller tenter une approche en douceur de sa bien-aimée. Il remarqua alors que la pierre d'Athéna luisait bien plus que les autres nuits

vendredi 23 avril 2021

Eruptions -07- Retour

 


— Voilà ! Je vous quitte ici.

La déesse les laissa devant un bas-relief représentant une chouette comme celui qu'ils avaient trouvé dans la caverne.

— De retour dans votre monde, prenez la pierre qui se trouve dans l'œil gauche et vous pourrez revenir ici quand vous le voudrez.

— Merci pour tout ! répondit Luc, ne sachant pas comment on devait remercier une antique déesse pour son hospitalité.

Comme pour leur arrivée dans la bibliothèque, ils franchirent la lueur bleue du portail et ils se retrouvèrent face à la même chouette que celle devant laquelle ils étaient de l'autre côté du passage. Jane tendit la main et prit l'améthyste qui faisait la pupille de l'œil et la glissa dans la poche. Ils durent attendre un peu que leurs yeux s'habituent à l'obscurité de la grotte où ils se trouvaient. Peu à peu, ils distinguèrent la lueur de la sortie et se dirigèrent vers le monde extérieur.

— Avons-nous rêvé ? demanda Luc.

— Je ne crois pas, dit Jane qui faisait tourner le caillou entre ses doigts dans sa poche.

— Si ce qu'elle nous a dit est vrai, c'est incroyable, mais personne ne voudra nous croire.

— Pourquoi devrions-nous le raconter ?

***

Pendant qu'ils étaient en train de se restaurer quelques heures plus tôt, Athéna entreprit de leur narrer la véritable histoire du monde. Elle leur parla de l'Entité créatrice de l'univers, comment celle-ci avait orienté l'évolution des humains pour qu'ils deviennent ce qu'ils sont aujourd'hui. Elle leur fit le récit de la naissance des dieux. C'est en leur parlant des Veilleurs et de leur fonction qu'elle leur expliqua qui était Keireen.

Il y a de longues années, un veilleur choisit de renoncer à son rôle de guide de l'humanité et au lieu de recruter des Appelés. Il asservit des êtres humains pour le servir lui. Il avait découvert une partie du secret de la pierre philosophale et réussit à franchir les protections mises en place pour protéger la bibliothèque. Il déroba quelques objets et sa puissance s'accrut. Avec ses nouveaux pouvoirs, il put invoquer des démons et des dieux mineurs pour le servir. Quelques Veilleurs réussirent à le combattre et à lui prendre le coffret contenant la pierre et le parchemin qu'ils avaient découverts dans les catacombes. Le hasard, ou la destinée, fit que Luc et Jane découvrirent ce coffre au moment où celui qui se fait appeler le Comte ou le Professeur Van Dyck venait de le repérer. Il envoya ainsi tout d'abord un homme-chat puis la guerrière à leurs trousses, car il lui manque encore un artéfact qui lui permettrait d'atteindre son but.

Ils étaient en train de se remémorer ces paroles quand ils atteignirent enfin la sortie de la grotte. Dans le lointain, un grondement les fit sursauter mais comme ils se trouvaient dans une forêt assez épaisse, ils ne pouvaient pas en voir la cause.

On dirait que nous sommes à la fin du printemps.

— Oui ! Je te le confirme. Combien de temps sommes-nous restés avec Athéna ?

— Nous ne le saurons que lorsque nous croiserons du monde… dit Luc très inquiet. Mon oncle et ma tante ont dû s'inquiéter terriblement… Tout le monde doit nous croire morts…

Jane pâlit elle aussi en pensant à ses parents. Ils arrivèrent en bordure d'une route et commencèrent à la descendre. Luc ne reconnaissait pas l'endroit où ils étaient.

— Je connais bien les environs de la ferme de l'oncle Robert, et là je ne sais absolument pas où nous sommes, même si au vu de la végétation et des rochers environnants nous ne devons pas en être très éloignés.

— Tu entends ce bruit sourd au loin ?

— Oui et je me demande ce que c'est ?

Au même instant, une voiture de gendarmerie s'arrêta juste après les avoir dépassés et deux gendarmes en sortirent.

— Que faites-vous ici ?  Vous ne savez pas que cette zone est interdite à toute circulation.

— Non ! Nous ne le savions pas, mais pourquoi ?

Le volcan du lac Pavin est entré en éruption il y a quelques mois. Cela a surpris tout le monde et du coup tout le secteur a dû être évacué à titre de sécurité.

Les deux amants se regardèrent.

— Et la ferme de mon oncle ? demanda alors Luc

L'un des gendarmes comprit alors qui ils étaient et leur posa la question fatidique.

— Vous êtes les deux randonneurs disparus en janvier ? Tout le monde vous a cherché après l'éruption et l'effondrement des cavernes. Tout le monde vous a cru morts. Où étiez-vous ?

Jane et Luc se regardèrent, ne sachant que répondre.

— Tout ce que je peux vous dire, c'est que nous sommes entrés par les cavernes au-dessous de la ferme et que nous sommes ressortis par cette grotte. dit Jane aux gendarmes.

— Mouais ! fit le plus vieux en se frottant le menton. Nous allons vous emmener à l'hôpital pour des examens et pour que vous puissiez récupérer de votre aventure et nous y prendrons votre déposition.

Pendant ce temps, l'autre gendarme avait prévenu l'hôpital, l'oncle Robert et la tante Claire de la réapparition inattendue des deux jeunes gens.

À leur arrivée, ils furent pris en charge par une équipe de médecins qui leur fit passer toute une batterie de tests avant de leur permettre de se reposer dans une chambre où ils purent enfin serrer dans leurs bras leur oncle et leur tante qui pleuraient de bonheur.

L'oncle Robert raconta que la ferme avait eu de la chance. Toute l'eau du lac Pavin s'était répandue dans la vallée par les cavernes et quelques minutes plus tard, de la lave suivit en obstruant toutes les galeries. Ils les avaient cherchés pendant quelques jours, mais rapidement, les pompiers leur avaient dit qu'ils avaient dû être piégés et emportés par l'inondation. Ils avaient sondé les rivières et les lacs en aval, mais ils ne remontèrent que les corps de deux femmes que personne n'avait encore pu identifier.

Jane et Luc réalisèrent que l'oncle parlait de Keireen et Sophia. Quand la tante Claire lança.

— L'éruption s'est arrêtée aussi subitement qu'elle avait commencé. On vient de nous dire que nous allions pouvoir bientôt regagner notre ferme.