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mardi 20 avril 2021

Eruption -06- Révélations

 

Luc et Jane avançaient lentement dans les cavernes, ignorant qu'ils avaient été suivis. Il les guidait lentement en se remémorant ses explorations épiques avec ses cousins et cousines et les colères de leur tante qui leur interdisaient d'y retourner. Mais cette fois-ci, ils avançaient dans des galeries qu'il n'avait encore jamais foulées. Plus ils avançaient et plus l'atmosphère leur semblait lourde, mais ils se sentaient aussi entourés par quelque chose de bienveillant qui les rassurait et leur donnait envie de progresser. Dans le faisceau de leur torche, ils commencèrent à découvrir des marques sur les parois.

Ils décidèrent de faire une pause et Jane ouvrit son sac pour prendre quelques barres de céréales. Elle sursauta en voyant la pierre briller.

– Que se passe-t-il ?

– Regarde la pierre, elle brille !

Luc prit alors la pierre. Lorsqu'elle fut complètement sortie du sac, elle brilla encore plus fort et soudain des symboles apparurent sur le plafond.

– Lorsque Luc déplaçait la pierre, les symboles se déplaçaient aussi.

Cette pierre semble être le moyen de nous guider dans ces galeries. Prends la torche pour nous éclairer et je vais tenir la pierre au-dessus de nos têtes.

Avec Jane qui dirigeait la lumière de la torche vers le sol et Luc qui tenait la pierre qui illuminait le plafond, ils avancèrent plus rapidement sans se poser de questions sur le chemin à prendre à chaque bifurcation.

 

Au même instant, en prenant une grande inspiration, Keireen franchit le seuil de la caverne. Elle ressentait la présence des sorts de protection qui protégeaient les couloirs. Elle savait que plus elle avancerait et plus elle devrait lutter contre les sortilèges tant qu'elle ne serait pas en possession de la pierre. Heureusement pour elle, ces sorts s'étaient affaiblis au cours des millénaires sinon elle n'aurait même pas pu entrer. Grâce à ses talents de chasseresse, elle avait repéré le chemin parcouru par ses proies. Elle savait qu'elle les rattrapait. Elle serait bientôt à leur contact. Elle avançait sans bruit, ils ne l'entendraient que lorsqu'elle leur sauterait dessus pour prendre possession de la pierre philosophale. Elle apercevait parfois au détour d'un corridor la lueur de la torche.

Soudain elle entendit un cri de surprise et de joie. Ils étaient là, devant elle, à quelques mètres. Elles les entendaient parler.

— Nous sommes dans un cul-de-sac ! Dit une voix masculine.

— Regarde sur le mur, on dirait une chouette ! Approche la pierre, elle me semble commencer à luire.

Elle s'approcha sans bruit et les vit.

Luc remarqua un trou au niveau d'un œil. Il présenta la pierre qui s'y ajusta parfaitement et la luminosité augmenta.

Au même instant, Keireen sauta dans la pièce. Elle fut aveuglée tout comme les jeunes gens par une puissante lueur bleue. Une forme se matérialisa au centre du halo. Une femme en toge blanche, une lance à la main et un casque sur la tête se mit entre les amants et la guerrière.

— Toi ! Tu es revenue !

— Oui Sophia… et cette fois-ci, tu ne me feras pas fuir.

Ils regardèrent alors les deux femmes immobiles qui se faisaient face, n'en croyant ni leurs yeux ni leurs oreilles. Qui pouvaient être ces deux femmes qui semblaient tout droit sorties d'un vieux péplum ?

Elle les regarda quelques instants et leur cria.

— Franchissez ce portail, je vais la retenir ici. N'ayez pas peur, vous serez en sécurité de l'autre côté.

Trop effrayés par la rage qui émanait du visage de la guerrière, ils se jetèrent dans la lumière et disparurent aussitôt.

Hurlant de rage, Keireen se jeta sur sa rivale qui cherchait à l'empêcher de franchir le passage. Aussitôt la blonde parât l'assaut avec sa lance et le duel s'engagea. La brune cherchait à faire reculer son adversaire du halo bleu qui marquait le point d'entrée de ce lieu dans lequel Jane et Luc venaient de se réfugier.

 

Hébétés, ils mirent quelques secondes à se remettre. Ils avaient l'impression que leur estomac s'était retourné dans leur ventre.

— Où sommes-nous ? questionna Jane.

— Je l'ignore… Mais ce que je peux dire, c'est que nous ne sommes plus dans les grottes.

Ils étaient entourés d'une colonnade de marbre blanc dans une sorte de temple rectangulaire.

— Je vous attendais, leur dit une voix provenant du fond de l'immense salle. Approchez !

Lentement ils se dirigèrent en direction de la voix. Une porte majestueuse s'ouvrait devant eux. Ils en franchirent le seuil et découvrirent un ensemble de rayonnage à perte de vue dont les étagères étaient recouvertes de papyrus, parchemins, livres.

— Avancez !

À mesure de leur progression, ils découvraient des documents et des objets que tout le monde croyait disparus. Les écrits étaient classés par auteurs du plus ancien au plus récent.

— Regarde ! Des rouleaux d'Homère, d'Épicure…

— Et là… Saint Paul !

Tout en continuant de s'extasier sur le contenu de ce temple, il avançait. Les papyrus laissaient la place aux parchemins puis aux livres.

— Shakespeare, Cervantes, Goethe, Dante, Dostoïevski… C'est incroyable, ils y sont tous !

— Mais comment se fait-il que je comprenne les étiquettes ?

— C'est une encre psycho-réactive ! répondit la voix en provenance du fond de la salle. Chacun les lit écrit dans sa propre langue. D'ailleurs ! Ne les voyez-vous pas écrits à la fois en français, anglais et afrikaans ?

— Si ! C'est vrai ! remarqua Jane. Je n'avais pas fait attention. Mais comment connaissez-vous mon prénom ?

— Je l'ai su dès que vous avez ouvert ce coffre et touché la pierre. Je vous suis depuis ce moment-là, et j'avais compris que vous arriveriez jusqu'ici. Mais je ne m'attendais pas à ce que vous soyez suivis par cette créature.

— Où sommes-nous et qui êtes-vous ?

— Vous êtes aux sources de la sagesse comme vous l'avez lu sur le texte du parchemin, et moi j'en suis la gardienne ou la déesse si vous préférez…

Ils virent alors apparaître devant eux une grande femme vêtue d'une toge, portant un bouclier avec une chouette, un casque et une lance à la main.

— Athéna ? déclara Luc ébahi. Tout aussi stupéfaite, Jane osa une question.

— Mais la pierre n'est-elle pas la pierre philosophale que recherchent tous les alchimistes ?

— Si bien sûr, mais l'immortalité ne s'acquiert-elle pas par le savoir et la sagesse ? Tous les écrits réunis ici, n'ont-ils pas rendu ces hommes immortels ?

— D'une certaine manière, vous avez raison…

— Ne restons pas là, je ne suis pas sûre que Sophia réussisse à retenir Keireen encore longtemps. Je vais devoir user de ma puissance pour condamner cette entrée. Allez dans la pièce suivante et quoiqu'il se passe où que vous entendiez, surtout n'en sortez pas et attendez mon retour.

— Qui est cette Keireen qui nous a attaqués ?

— Chaque chose en son temps ! Faites ce que je vous dis ! Allez !

Impressionnés par la puissance de la voix de la déesse, ils se dépêchèrent de changer de pièce et une lourde porte métallique se referma derrière eux. Ils étaient seuls dans une autre salle qui semblait tout aussi immense que la première, mais ce n'étaient plus des œuvres littéraires qui les entouraient, mais des objets.

Ils sursautèrent lorsqu'un puissant grondement de tonnerre retentit de l'autre côté de la porte qui se mit à rougir puis à briller. Ils tremblaient sans oser bouger, puis au bout de quelques minutes tout redevint silencieux et la porte reprit sa couleur grise naturelle. Ils étaient de nouveau dans le silence, du plafond émanait une douce lumière qui leur permettait de découvrir les divers artéfacts qui les entouraient. Ici des silex préhistoriques, là un char égyptien, un peu plus loin une yourte mongole des steppes, des objets du monde entier et de toutes les époques les entouraient. Lorsque qu'Athéna les rejoignit, ils étaient en admiration devant le trident de Poséidon qui faisait face au marteau de Thor.

— Eh oui ! Ces objets et ces dieux ont vraiment existé ! leur dit la déesse Athéna. Ils étaient aussi réels que je le suis devant vous.

— Et que sont-ils devenus ?

— C'est une longue histoire, mais ce n'est pas à moi de vous le dire. Je suis la gardienne de la sagesse, c'est à vous d'en trouver la voie comme Bouddha le fit en son temps et d'autres le feront après vous.

Jane regardait autour d'elle et naïvement posa une question.

— Je ne vois ni les tables des dix commandements, ni l'Arche d'Alliance, et encore moins le Graal…

Le rire de la déesse résonna alors dans l'immense salle.

— Ma petite ! Ces artéfacts dont tu parles, ils n'ont jamais existé tels que vous les imaginez… ce dieu fut imaginé par des hommes il y a longtemps, mais il n'a jamais eu d'existence réelle.

Abasourdis Luc et Jane n'en croyait pas leurs oreilles. Les mots qu'ils venaient d'entendre les laissaient muets.

— Comment cela ?

— C'est une longue histoire. Pour le moment, sachez que certaines personnes ont des capacités particulières et sont invitées à prendre des décisions qui influent sur le destin de l'Humanité. Une petite action a parfois de grandes conséquences !

— Le battement d'aile du papillon… dit Jane.

— C'est à peu près cela, oui ! Moïse et Jésus ont réellement existé, ils étaient de ces hommes particuliers. Moïse a pris une décision qui a entraîné tout son peuple derrière lui. Ensuite Jésus a complété ce choix. Cela a eu les conséquences que vous connaissez, mais cela a peut-être empêché un destin plus funeste aux hommes. Ils ont imaginé ce Dieu unique pour être écoutés dans le monde dans lequel ils vivaient, mais l'histoire de l'Exode n'a jamais eu lieu…

— Le jeune couple ne perdait pas une parole de ce que leur racontait cette femme si étrange.

Ensuite, l'histoire a été enjolivée et si les dix commandements ont bien été rédigés, ils le furent dans les rouleaux de la Bible, mais ils n'ont pas été gravés sur des pierres par un dieu.

— Et pour le Graal ?

— Les conteurs médiévaux avaient beaucoup d'imagination ! leur lança-t-elle en partant d'un rire tonitruant. Vous avez toujours aimé les histoires fantastiques. Regardez ! Maintenant vous imaginez des histoires dans l'espace…

— Oui ! C'est vrai !

Alors qu'ils parlaient, elle les avait conduits dans une autre pièce où une table recouverte de divers mets était dressée.

—Restaurez-vous avant que je vous reconduise dans votre monde ! 

jeudi 1 avril 2021

Eruptions -05- La Guerrière

  

À des centaines de kilomètres de là, dans un vieux manoir isolé sur les hauteurs d'une cité balnéaire, un vieil homme attendait dans son fauteuil devant sa cheminée allumée, mais qui ne le réchauffait plus depuis longtemps. Il tourna la tête vers la porte quand il entendit les pas de la gouvernante sur le parquet.

— Maître ! Asterias est là !

— Dites-lui d'entrer Myriam, et veuillez nous laisser, je vous prie.

La jeune femme invita la chose qui se présentait devant elle à pénétrer dans le salon. Depuis quelques années qu'elle était au service de cet homme sans âge, elle ne s'étonnait plus de rien, ni de la nature des invités, ni de ce qui se passait dans ce manoir.

— Maître ! J'ai le coffret !

L'homme esquissa un sourire en voyant s'approcher un être humanoïde recouvert d'une fourrure d'un brun orangé avec une queue comme celle des chats.

— As-tu la pierre avec ?

— Il y a eu un problème Maître… Un jeune couple a découvert le coffre avant moi. J'ai pu le récupérer ainsi que ce qu'il contenait, mais je pense qu'ils se doutent de quelques choses.

— Pourquoi ne m'as-tu pas prévenu plus tôt ? Sais-tu ce qu'ils ont découvert ? Hurla-t-il à destination de son serviteur.

— Excusez- moi Maître, j'ai pensé que récupérer le coffret primait sur toute autre considération.

— Tu as eu raison ! Apporte-moi cet objet.

Effrayé, Asterias déposa humblement le coffre de bois sur la table basse qui se trouvait entre le Maître et la cheminée. Il recula ensuite en attendant d'être congédié. En se levant avec une souplesse inattendue de la part d'un homme de son âge, il se pencha et ouvrit le coffre, objet de son désir. Soudain il rugit et pointa son doigt en direction de l'homme-chat.

— Ce n'est pas la pierre ! Imbécile ! Retourne d'où tu viens et ne remets plus jamais les pieds ici !

En hurlant, la pauvre créature enveloppée de flammèches bleuâtres se débattit et disparut de la pièce.

En déroulant le parchemin avec précaution, il commença à lire. Aussitôt ses yeux s'illuminèrent.

— Enfin, je te tiens ! Pensa-t-il.

Il murmura alors une invocation et une femme à la peau pâle et aux longs cheveux bruns apparut nue devant lui.

— Que désirez-vous Maître ?

— Keireen, je désire que tu te rendes le plus rapidement possible dans ces grottes. Méfie-toi, tu seras sûrement précédée par des humains. Peu importe ce qui leur arrivera. Je veux que tu leur reprennes la pierre philosophale et ensuite laisse-la te guider jusqu'aux sources de la sagesse.

— Oui Maître ! Mais comment puis-je aller là-bas rapidement ? C'est à des lieues de votre domaine.

— Cela fait bien longtemps que tu n'es pas revenue dans ce monde, Keireen. Les humains ont fait d'énormes progrès dans leurs déplacements et ils peuvent aller n'importe où en moins d'une journée.

La femme le regarda, étonnée.

— Approche je vais te montrer.

Elle s'approcha et baissa la tête. Il posa ses mains sur la chevelure de et elle frissonna.

— Oui Maître ! J'ai compris. Je sais comment rejoindre ce lieu.

— Va te vêtir convenablement et pars le plus vite possible ! Prends ce pendentif qui me permettra de conserver un lien avec toi.

Elle passa le pendentif retenu par une lanière de cuir autour de son cou et sortit de la pièce. Myriam la conduisit dans une chambre du manoir où elle put choisir une tenue adaptée à sa mission. Avant de partir, elle revint saluer le Maître et franchit à pied les grilles du manoir pour se diriger vers la gare.

Au contact des personnes qu'elle croisait, elle apprit et comprit rapidement comment le monde avait évolué et toutes les modifications qu'il avait subies depuis sa dernière visite. Les hommes n'étaient presque plus reliés à la nature et seules quelques rares personnes frémissaient en croisant son regard. C'étaient celles qui sans le savoir la reconnaissaient pour ce qu'elle était : "la Guerrière Vengeresse".

Dans le train qui la menait vers Paris, qui s'appelait encore Lutèce lors de sa dernière venue, elle lisait divers revues et journaux qu'elle avait achetés avant le départ. Elle se put se rendre compte de l'ensemble des changements. Les hommes étaient bien plus puissants qu'ils n'étaient autrefois et même si leur esprit était toujours aussi limité, leur savoir et leur science commençaient à leur permettre de découvrir les secrets de l'univers. Elle sourit en se rendant compte par ses lectures que la plupart des hommes refusaient de croire en l'existence du monde magique, et même ceux qui y croyaient avaient oublié la réalité des entités surréelles. Ces religions monothéistes qui s'étaient imposées en étaient peut-être la cause ou alors leur trop grande confiance en leur science.

Elle passa une nuit dans cette ville immense et, de nouveau, elle comprit la rupture totale entre les hommes et la nature. Elle fit un détour par les arènes et effleura du bout des doigts les pierres où elle s'était assise lors de leurs inaugurations quelques millénaires auparavant.

Comme le lui avait dit le Maître, il lui fallut à peine plus d'une journée pour arriver aux grottes. Elle dut utiliser son pouvoir de persuasion pour louer un véhicule afin de finir son voyage. Elle se souvenait de ces lieux où elle s'était battue aux côtés des guerriers gaulois et où ils avaient vaincu ensemble les légions romaines. Retrouvant son instinct de guerrière et de chasseresse, elle abandonna sa voiture à quelques kilomètres de son but. En pénétrant dans les sous-bois, elle fut de nouveau liée avec le monde et mit tous ses sens au service de sa quête. Elle ne tarda pas à entendre et trouver la trace des deux jeunes amants. Le passage ouvert à la machette par Luc lui facilitait les choses. Elle s'arrêta devant l'entrée de la caverne et se mit à trembler.

— Le Maître ne m'a pas tout révélé, pensa-t-elle en colère et effrayée. Ces lieux sont sacrés et protégés par une magie puissante. Je ne pourrais jamais récupérer la pierre et franchir le portail.

lundi 21 décembre 2020

Le Manoir aux Fleurs -09- Keireen

 

Dans son fauteuil, le comte regardait le feu crépiter dans la cheminée. Il savait que sa jeune locataire n'allait pas tarder à tomber dans le piège qu'il refermait doucement sur elle. Que ce soit au lycée, ou avec son amie, elle était entourée d'amis qui devraient peu à peu la faire tomber dans la spirale infernale de la débauche.

Il se réjouissait aussi que sa vieille ennemie, la directrice du lycée fut retombée dans ses travers de jeunesse. Il savait par ses petits espions que la fleur de pandora qu'elle avait respirée, était parvenue à briser la barrière psychique qu'elle avait eu tant de mal à bâtir autour de ses pulsions. Dans quelques temps, elle ne serait plus capable de résister et elle serait obligée de nouveau de quitter la ville si elle ne voulait pas être sujette aux rumeurs qui allaient bientôt parcourir les cercles bien informés de la cité.

En sirotant le cognac que sa nouvelle domestique venait de lui apporter, il restait songeur. Le jeune homme qui était venu prendre Viviane au matin ne lui était pas inconnu, mais il n'arrivait pas à se souvenir de lui. Cela le contrariait car cela risquait de venir perturber ses plans. Il ne fallait pas que la jeune femme tomba amoureuse d'un homme. Il allait devoir en discuter avec Satiricon à son retour.

— Elsa ! Pouvez-vous venir ici quelques minutes ?

— Oui Monsieur ! Répondit-elle en s'approchant.

Dès qu'elle fut à portée de main, un sourire pervers aux lèvres, le comte passa sa main sous la jupe de son employée. Celle-ci frémit, elle savait ce qui allait lui arriver. Même si elle savait qu'elle ne pouvait pas s'y soustraire et qu'elle avait accepté cela en s'engageant à servir le professeur.

— Bien, je vois que vous faites des efforts pour être comme je le souhaite. Je pense que Satiricon va être content du cadeau que je vais lui faire.

Elle regarda horrifiée son employeur. Elle avait entendu des rumeurs sur la réalité du factotum du manoir.

— Vous êtes-vous assurée que tout est prêt pour la soirée de Samain ?

— Oui Monsieur ! dit-elle tremblante alors que les doigts se faisaient de plus en plus inquisiteurs. Les invités commencent à répondre. Monsieur le baron de Montparcy sera bien présent avec un de ses collaborateurs qu'il souhaite vous présenter.

Le professeur Van Dyck sourit. Son ami lui réservait toujours des surprises agréables. Cette information accentua son besoin et il demanda à la jeune servante de s'occuper de lui comme il le lui avait appris. Il savait qu'à force de respirer le pollen de la pandora, elle avait acquis certaines possibilités.

Il la libéra enfin et elle sortit de la pièce dépitée. Elle avait encore succombé à la tentation de satisfaire cet homme malsain, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher.

Il regarda le dossier qu'elle lui avait apporté avec la liste des personnes présentes. Outre le baron de Montparcy et lui-même, il savait que Marie qui avait été recontactée par Satiricon serait là et il était quasiment certain qu'elle saurait convaincre Viviane d'être présente. Il allait faire envoyer une invitation à Léonard dont les prouesses avec Madame de Longueville avaient ravi ses petits voyeurs. Il devait trouver un cinquième homme digne de confiance et ils fermeraient ainsi le pentagone pour commencer le cérémonial d'appel, peut-être l'amie du baron.

Il devait aussi être certains que les cinq femmes qu'il avait prévues seraient au rendez-vous. Il faisait le pari que la directrice ne pourrait pas résister à l'appel de la pandora, surtout si son nouvel amant était là, ses deux jeunes servantes ne pouvaient pas faire autrement. Il lui restait encore une quinzaine de jours avant les trois nuits de Samain.

Alors qu'il était toujours à se demander quel serait son dernier invité, son autre protégée entra dans le petit salon.

— Maître ! Asterias est là !

— Dites-lui d'entrer Myriam et veuillez nous laisser, je vous prie.

La servante ne se le fit pas répéter deux fois et quitta la pièce pour aller retrouver Elsa qui lui avait promis de passer la soirée en sa compagnie. Elle n'entendit donc pas les éclats de voix qui s'élevèrent dans le salon et le triste sort qui attendait le démon qu'elle avait introduit.

Elle entra avec plaisir dans la pièce qu'elle partageait avec Elsa. Celle-ci l'attendait avec les yeux brillants, elle savait ce que sa compagne avait dû faire quelques minutes plus tôt et connaissait, elle aussi, la torture du plaisir refusé. D'un commun accord, même si elles préféraient les hommes, elles avaient décidé de se rendre service mutuellement. Elles se doutaient que le comte n'était pas dupe de ce qu'elles faisaient dans leur chambre mais jusqu'à présent ni le compte ni un de ses démons n'étaient venu les interrompre ou les réprimander.

Les deux jeunes servantes discutaient tranquillement dans la chambre quand Myriam fut rappelée. Il ne fallait pas faire attendre le maître. Elle découvrit une femme à la chevelure écarlate, nue debout face au comte.

— Conduisez-la à la chambre bleue pour qu'elle y trouve de quoi se vêtir et accomplir la mission que je lui aie confié… Et vous devrez satisfaire tous ses désirs. Compris ?

— Oui Monsieur le comte ! répondit Myriam en se tournant vers la femme. Elle pouvait voir un pendentif bleu luire entre ses seins. Elle baissa les yeux sous le regard sévère. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, mais elle était troublée par cette femme mystérieuse.

— Voulez-vous bien me suivre, Madame. Elle salua son maître avant de se diriger dans l'escalier monumental qui montait aux étages.

Keireen regardait la jeune femme avec appétit. Exilée dans les limbes depuis des siècles, elle n'avait pas pu satisfaire ses pulsions de chasseresse. Celles-ci remontaient peu à peu à la surface et ses sens retrouvaient peu à peu leur acuité. Dans la chambre, Myriam ouvrit les armoires contenant des vêtements féminins de toute taille et de tous styles.

— Myriam, n'est-ce pas ?

— Oui Madame.

— Comme je viens de loin, je ne connais pas vos us et coutumes en manière de vêtements, tu vas donc les choisir pour moi.

— Oui Madame ! Comme Madame le souhaite !

— Et tu me prépareras aussi de quoi voyager pour deux semaines.

Keireen estimait que ce serait le temps dont elle avait besoin pour remplir sa mission et revenir au manoir. Elle espérait que le comte serait satisfait et qu'il lui permettrait de rester dans ce monde. Elle se promenait nue dans la chambre, sachant l'effet que sa nudité provoquait chez la jeune femme. Elle connaissait bien son maître et elle savait que celui-ci ne choisissait pas ses protégées au hasard et que s'il lui avait demandé de lui obéir, c'est qu'il avait une bonne raison de le faire.

— Je vous ai préparé ces tenues Madame, je pense que cela devrait vous convenir.

— Keireen observa le choix de Myriam. Effectivement celle-ci avait fait une bonne sélection, des vêtements pratiques et confortables qui lui donneraient un air menaçant qui devrait limiter les avances des hommes mais sans la rendre rebutante. Elle pourrait avoir besoin de plus que sa simple maîtrise des combats pour arriver à ses fins.

— Merci ! Regarde-moi !

Intimidée, Myriam releva la tête. La femme la dominait d'une bonne tête. Elle plongea son regard dans ses yeux et lui prit le menton entre les doigts. Elle approcha ses lèvres de la bouche de la jeune femme qui n'osa pas reculer.

— Hummmm ! Tu sembles douce… Tu vas m'aimer.

— Oui Madame… bafouilla-t-elle. Tout ce que vous voudrez.

Elle espérait que cette femme apprécierait se qualités mais elle ne savait pas comment le faire. Elle semblait si étrange. Elle s'appliquait à satisfaire les étranges demandes de la guerrière quand Satiricon passa devant la porte de la chambre à son retour de sa mission en ville.

Les deux femmes étaient allongées l'une en face de l'autre. Elles s'embrassaient avec fougue.

Délaissant, sa forme humaine, le démon les rejoignit sur le lit. Il savait qu'il n'aurait pas besoin de faire appel à son pouvoir de persuasion pour prendre du plaisir avec elles. Les trois amants s'envolèrent sur les vagues du plaisir et ils les chevauchèrent longtemps.

Seule la présence d'esprit de Keireen les fit sortir de cette communion. Elle ne devait pas s'épuiser psychiquement si elle voulait remplir sa mission.

Elle chassa Satiricon en lui promettant d'autres nuit à son retour mais garda la jeune servante dans son lit comme elle avait pris l'habitude de le faire lorsqu'elle écumait encore les champs de bataille terrestres.

Le jour les surpris enlacées et Myriam sauta du lit pour aller aider Elsa à la cuisine afin de préparer le petit-déjeuner du comte et de son invitée. Les démons se nourrissaient rarement des nourritures humaines, Satiricon était l’un des rares à y succomber.

Le comte sourit en remarquant ses poches sous les yeux quand elle apporta les plateaux dans la salle à manger. Wilhelm Van Dyck et Keireen était chacun à une extrémité de la table et celui lui exposait les faits. Keireen ne se priva pas de caresser les fesses de la servante quand celle-ci passa à portée de main.

— Je vois que tu as fait connaissance avec Myriam.

— Oui et je vous en remercie, ce fut une nuit bien agréable qui donne envie de partir au combat.

— Myriam ! Interpella le comte.

— Oui Maître !

— Je désire que vous accompagnez Keireen à la gare. Son train part en fin de matinée.

— Oui Monsieur le Comte, je le ferai.

Elle rougit en croisant le sourire carnassier de la femme qui mangeait et sortit de la pièce. Elle gardait le souvenir de cette nuit agitée entre ses cuisses. Elle se rendit au garage pour sortir la vieille Volvo du comte. Elle devait être prête quand Keireen et le comte en aurait fini. Pendant ce temps, Elsa s'occupait de ranger la maison.

Keireen arriva et monta dans la voiture conduite par un démon à forme humaine. En quittant la propriété, elle vit la Facel Véga qui était venue chercher la locataire du comte la veille se ranger près du portillon arrière. Son regard croisa celui de Gérald qui lui sourit comme s'il voulait la rassurer. Elle aperçut furtivement les deux amants s'embrasser avant que Viviane ne sortit du véhicule. Elle ne comprenait pas le trouble qui l'avait envahi quand sa passagère l'interpella.

— Tu connais cet homme ?

— Oh non ! Je ne l'avais jamais vu, mais il est passé hier pour prendre la jeune prof qui est locataire du comte…

— Intrigant ! pensa la guerrière. Il faudra que j'en parle au professeur à mon retour. Cela pourrait perturber le rituel.

Elle ne dit plus rien jusqu’à la gare et lorsque Myriam lui ouvrit la portière, elle lui dit "A bientôt" en lui donnant une claque sur les fesses.

— Tu m'appartiens ma belle, ne l'oublie pas…

— Oui Madame ! répondit la jeune femme en baissant les yeux.

Elle la regarda s'éloigner et entrer dans la gare, avant de regagner le manoir. Elle espérait la revoir bientôt.