Dans la villa de Michaël,
Mama So faisait un rêve étrange. Une femme d'une grande beauté et d'une grande
prestance lui apparut.
— N'aie pas peur. Je suis
ta protectrice et la protectrice de toutes les femmes. J'ai une mission à te
confier…
— Je vous écoute Ma
Déesse.
Elle avait reconnu celle
qu’elle vénérait en secret., en cachette de son mari et du pasteur du village.
La Grande Déesse venait lui parler en rêve.
— La jeune femme que je
t'avais demandée de protéger est en vie. Pour le moment, elle se repose dans le
lit du Léthé. Et je t'annonce aussi que la fille de ton amie, du village de la
haute vallée, est aussi en vie. Elle a accepté de devenir une de mes suivantes.
— Qu’attendez-vous de moi
? Oh Ma déesse !
— Je désire que tu
rassembles toutes les prêtresses encore en vie autour du volcan… Le Grand
combat est proche…
— Oui Ma Déesse... je
vais les inviter à me rejoindre le plus vite possible…
Elles n'ont pas besoin de
te rejoindre ici. Je désire qu'elles restent dans leurs villages. Vous vous
rejoindrez dans le Sur-Monde pour unir vos forces et vos pensées et ainsi liées
avec l'esprit de mes suivantes, vous protégerez vos villages du combat que je
vais avoir contre le Grand Serpent.
—Oui, Déesse...
— Approche que je te
donne la recette de la potion que tu dois préparer pour entrer dans le Sur
monde avec tes amies…
Après lui avoir donné la
recette, la déesse disparut et Mama So se réveilla l'esprit vif. Elle se leva
et se rendit dans sa cuisine où elle prépara cette potion mystérieuse. Sans
l'ordre de la Déesse, elle n'aurait jamais osé mélanger certains ingrédients.
Certains étaient mortels et elle le savait, mais elle avait confiance et elle
était sur le point de finir la mixture quand James apparut sur le pas de la
porte.
— Tu ne dors pas ?
— Non ! J'ai été
réveillée dans la nuit. J'ai réalisé que j'avais oublié de préparer une potion
pour une femme qui n'arrive pas à avoir d'enfant.
Alors qu'elle ne lui
avait jamais menti sur ses activités, elle n'osa pas lui révéler la vision
onirique qu'elle venait d'avoir.
— Et tu as besoin de te
lever au milieu de la nuit pour cela ?
— Demain c'est la pleine
lune. Il faut qu'elle la prenne avant la nuit pour qu'elle soit efficace… et je
dois la laisser macérer plusieurs heures...
— Bon si tu le dis… je
vais me prendre un café…
Laissant sa femme en
train de préparer ses mixtures, James se dirigea sur la terrasse de la villa de
Michaël. Il regardait le soleil se lever derrière les monts de la Lune. Les
brumes matinales l'empêchaient de distinguer le volcan du Démon. Il espérait
que le jeune homme allait retrouver ses amis rapidement et mettre fin aux
exactions commises par le Général.
Il n'arrivait toujours
pas comprendre comment son fils avait pu trahir ses frères. Il avait eu beau
fouiller dans les chambres de ses enfants, il n'avait rien trouvé. Il était
maintenant trop âgé pour prendre les armes mais il n'aurait pas détesté tirer
lui-même la balle qui tuerait ce Général maudit.
De son côté Mama So
finissait de préparer son philtre avec les invocations à la Déesse qui lui
étaient associées. Elle prépara une dizaine de flacons et autant de petits
mots.
— James ! Je sors, je me
rends au village.
Dans leur campement,
Michaël et le sergent écoutaient le rapport que leur faisaient les hommes de
retour de la caverne. Michaël ne montra ni sa tristesse à l'annonce de la mort
de son ami ni son inquiétude sur le sort d'Elodie. Il les pleurerait plus tard.
Comme les autres, il
avait vu le sort que le Général et ses hommes réservaient aux femmes.
— Je pense que nous
pouvons dire aux français qu'ils n'ont plus besoin de prendre de gants. Le
Général n'a plus d'otages.
La discussion avec le
colonel français fut brève. Celui-ci leur demanda de rester à une distance
suffisante de la grotte et de préparer le terrain pour accueillir les forces
spéciales qui viendraient nettoyer le secteur après la frappe aérienne qui
aurait lieu dans les heures qui suivraient.
Ils eurent à peine fini
de parler qu'un drone de surveillance survola le volcan pour surveiller les
mouvements autour de l'entrée de la grotte. Le militaire n'en croyait pas ses
yeux derrière son écran quand il aperçut le Grand Serpent se diriger vers la
caldeira. Il orienta cependant les caméras du drone vers l'entrée de la grotte.
Après quelques minutes d'observation, il indiqua aux pilotes le meilleur angle
de tir pour lancer leurs missiles et il leur confirma l'absence de civils dans
la zone de tir.
Quelques heures après
l’échange radio entre Michaël et le colonel, quatre missile s'abattirent sur
les flancs du volcan dont un qui explosa à l'intérieur de la grotte. La chaleur
et le souffle dégagés par l'explosion tuèrent la plupart des hommes et
enfermèrent les autres derrière un éboulis de roches.
Le pilote du drone décida
alors de conserver son appareil en vol encore un peu. Il souhaitait retrouver
la créature mystérieuse qu'il avait entraperçue au début de la mission. Il put
voir la fumée des explosions s'élever de la jungle. Si les animaux effrayés par
le bruit et la violence de l'attaque avaient retrouvé leur calme, la forêt
restait agitée de soubresauts étranges. Malgré ses efforts, la densité du
feuillage l'empêchait de voir quoique ce soit et les différents capteurs de la
machine ne détectaient rien d'anormalement gros sur les flancs du volcan. Il
pouvait voir la signature des grands singes et de ces si discrets éléphants des
montagnes qu'Elodie recherchaient, mais rien qui trahit le reptile géant qu'il
avait aperçu.
Depuis le sommet de la
colline où ils avaient abattu quelques arbres pour permettre aux hélicoptères
de se poser, Michaël et ses hommes avaient pu voir les missiles frapper la
caverne. Quelques minutes plus tard, ils accueillaient les commandos français.
— Bienvenue ! dit Michaël
en saluant le jeune lieutenant qui commandait le détachement.
— Merci à vous et à vos
hommes. Les renseignements fournis nous ont été précieux. Mais vous faites
allusion à une créature énorme, de quoi s'agit-il ?
— Il y a une légende dans
les villages autour du volcan qui raconte qu'il y a des générations les forces
du bien incarnées par une Déesse et les forces du mal sous la forme d'un grand
serpent se sont affrontées dans la caldeira. Au terme d'un combat épique qui
a ravagé la région la Déesse a réussi à enfermer le Grand Serpent dans une
grotte sous la montagne. Elle aurait également instruit des femmes sages pour
qu'elles veillent sur les sortilèges empêchant le Grand Serpent de sortir de sa
prison de pierre...
— Et vos hommes auraient
vu ce grand serpent ? dit le jeune soldat français un peu goguenard.
— Si vous étiez de la
région et si vous connaissiez ces contes et légendes, vous ne souririez pas
ainsi… Et comprenez-les, après ce que nous avons découvert dans le camp de la
vallée, ils sont à cran et ils ne veulent plus qu'une chose… montrer la tête du
Général au bout d'une pique dans tous les villages…
— Je respecte leurs
croyances mais avouez qu'un lézard géant en liberté dans une zone de guerre a
de quoi faire sourire.
En entendant ces mots,
Vivien ne put s'empêcher de prendre la parole.
— Quand vous serez face à
lui, vous rirez moins et surtout ne croisez pas son regard sinon vous êtes
mort...
— Nous serons prudents.
Mais je crains plus les éventuels survivants que ce monstre...
Les soldats français et
locaux se répartirent les tâches. Les français se chargeraient de rentrer dans
la grotte et de vérifier que tout a été nettoyé tandis que leurs homologues
s'occuperaient d'intercepter tous les fuyards.
— Essayez d'en garder
quelques-uns vivants… l'opinion internationale aimerait un procès…
Les hommes baissaient la
tête sans un mot. Ils savaient très bien ce qu'ils feraient s'ils avaient un de
ces barbares dans leur viseur.
En arrivant devant la
grotte, ils constatèrent l'efficacité des missiles. Les gardes à l'entrée
étaient déchiquetés et les parois de la caverne couvertes de suie.
La fumée commençait
seulement à se dissiper et les incendies s'étaient éteints par manque
d'oxygène. Avançant avec prudence, ils constataient qu'il n'y avait aucun
survivant. Un par un, ils sortaient les corps pour essayer de les identifier.
S'ils trouvèrent les cadavres des différents lieutenants du Général, ils ne
mirent pas la main sur son corps.
— Il est peut-être sous
ou derrière l’éboulis ?
— Peut-être ? Mais sans
son corps, impossible de confirmer sa mort.
— On ne va pas dégager
les rochers ?
— Non ce n'est pas notre
rôle. Nous avons fini notre mission… S'il y a des survivants dans le fond, ils
sont piégés. Nos drones de reconnaissance balayent la caldeira et s'il y a des
sorties cachées ils seront repérés… Et nous avons retrouvé le corps de Franck…
— Et pour la jeune femme
?
— Selon nos informations,
elle ne se trouvait plus dans la grotte depuis plusieurs jours…
Au même instant, des
détonations retentirent à quelques mètres des commandos français. Aussitôt en
alerte, ils se préparaient au combat. Quelques cris et quelques ordres les
informèrent que c'étaient les hommes du sergent qui venaient de tomber sur un
petit groupe de bandits qui avaient échappé aux bombes françaises et se
terraient terrorisés dans un recoin d'une falaise.
Même si l'envie les
démangeait, ils ne les avaient pas tous exécutés et ils en poussaient trois
sans ménagement vers les français qui les firent prisonniers.
— Je crois que notre
mission s'arrête là ! dit le lieutenant. Sergent ! Nos hélicos vont vous
rapatrier en ville… Et vous Michaël ?
— Je vais rester ici avec
les villageois. Je crois qu'ils n'accepteront de rentrer que lorsqu'ils auront
vu par eux même que toute la région est débarrassée de ces soldats de fortune.
— Soyez prudents !
— Ne vous inquiétez pas.
J'ai avec moi les meilleurs pisteurs de ce côté-ci du volcan. Ils sont capables
de débusquer une souris qui se cacherait dans la jungle.
En quelques minutes, tous
les soldats, leurs prisonniers et le corps de Franck furent évacués. Michaël
ordonna à ses hommes de faire un bûcher pour brûler les cadavres des bandits
rassemblés par les soldats.
Ce travail les occupa
jusqu'à la nuit et après y avoir mis le feu, ils quittèrent sans regret ce lieu
pour fouiller les flancs de la montagne afin de s'assurer que plus aucun des
bandits ne s'y trouvaient.
Alors que ces événements
se déroulaient au pied du volcan, Mama So attendait le retour de ses
messagères. Elle les avait envoyées distribuer les flacons et le petit mot
demandant à ses sœurs de Déesses de se tenir prêtes pour le service de leur
protectrice. Elles devaient toutes prendre le philtre en même temps, chacune
dans leur village. Elles seraient ainsi en mesure de protéger les habitants de
la région de la violence du combat spirituel à venir. Elle savait que Michaël
et ses compagnons seraient de retour dans la soirée. Tout le village avait
entendu passer les avions français et pour les villages les plus proches de la
caverne, ils avaient pu voir l'épaisse fumée noire des explosions puis du
bûcher.
Allongée sur le lit dans
la chambre que Michaël avait mis à leur disposition, elle attendait le bon
moment pour boire.
Elle perçu les paroles de
son mari qui accueillait Michaël et les jeunes gens qui étaient parti avec lui.
Elle savait que tous étaient revenus et elle savait aussi que Franck était
mort. Contrairement aux hommes, elle ne s’inquiétait pas pour Elodie.
Lorsque le soleil passe
derrière les montagnes, elle prit le flacon et avala la potion. Elle plongea
alors dans une rêverie et son esprit entra en contact avec celui des autres
prêtresses. Ensemble, elles créèrent alors des bulles de protection au-dessus
des villages et des fermes occupés. Leurs esprits vagabondaient jusque dans les
vallées les plus reculées sur les flancs de l’immense volcan qui dominait les
collines alentours. Elles se sentaient protégées par la puissance de la Grande
Déesse, la Protectrice. Parfois elles tombaient sur une âme égarée, isolée dans
la montagne. La prêtresse la plus proche lui envoyait alors un songe pour lui
dire de se rapprocher d’un village ou d’une ferme. Malheureusement, le travail
des missionnaires avait eu son effet pernicieux et rares étaient ceux qui
identifiaient ce rêve comme un rêve de la Déesse et ils restaient là où ils se
trouvaient.
Lentement mais sûrement,
le sort de protection se mettait en place. Les villageois ne devraient pas être
perturbés par le combat qui se préparait. Certains feraient peut-être des
cauchemars mais rien de plus.
Dans le Sur-Monde, Athéna
préparait ses armes. Comme autrefois, elle avait remis son casque, empoigné sa
lance et tenait le bouclier orné de la tête de Méduse. Comme à chaque combat
entre elle et le Grand Serpent, les regards du lézard et de Méduse allaient se
confronter.
Mama So comme ses sœurs
découvrirent alors la Grande Déesse dans toute sa majesté. Une femme à l’allure
fière et martiale se leva au milieu du cercle formé par les dômes de
protection. Elles étaient toutes subjuguées par la beauté de ce visage et la
force qui se dégageait de cette apparition. Athéna étendit le bras en direction
de chaque prêtresse et lui insuffla un peu de son énergie. Les dômes se mirent
à luire dans le Sur-Monde et d’un grand geste balayant tout l’horizon, elle
défia alors son ennemi. Le Grand Serpent apparut à son tour. Encore plus grand
et plus majestueux que dans la forêt, il se dressait de toute la hauteur de ses
pattes face à sa rivale.
Les deux combattants se
jaugeaient, s’évaluaient. IIs se tournaient autour. La queue du monstre
balayait le sol autour de lui, il détournait les yeux pour ne pas regarder le
bouclier que la Déesse lui présentait. Elle le provoquait de la pointe de sa
lance. Soudain, d’un bond, il se projetta dans le ciel. Après une longue
parabole, il retomba à grande vitesse en direction de la déesse qui s’écarta au
dernier moment. Avec un mouvement de rotation, elle réussit à planter sa lance
dans le flanc de l’animal qui rugit de douleur. Entraîné par l’élan de sa
chute, il créa un immense cratère dans le sol. La terre tremblait autour d’eux.
Les falaises de la caldeira s’effondraient. Des cheminées volcaniques bouchées
par le refroidissement de la lave des éruptions précédentes s’ouvraient de
nouveau.
Un peu sonné par sa chute
le lézard géant mit quelques secondes à se redresser. Athéna le suivait du
regard, elle se méfiait. Elle savait que rien n’était plus dangereux qu’un
animal blessé. Le monstre se relevait doucement. Contre son adversaire, il
savait que la force brute ne mènerait à rien. Il savait aussi que la déesse ne
cherchait pas à le tuer mais simplement à le forcer à retourner dans sa prison
de pierre. De nouveau, la danse reprit. Le lézard se précipitait gueule ouverte
vers la guerrière, celle-ci l’esquivait une nouvelle fois mais alors qu’il
venait de la dépasser, il l’envoya voler au loin contre la paroi rocheuse d'un
coup de queue. Elle se remit du choc et se releva en dessinant des arabesques
dans l’air. Elle leva son bouclier de son autre bras, forçant le Grand Serpent à
rester immobile. Un portail s’ouvrit derrière elle. Elle se recula d’un coup en
sautant au-dessus de la sphère bleutée. L’animal qui n’attendait que le moment
où le bouclier ne le forcerait plus à détourner le regard se précipita vers sa
proie. Excité et irrité par les esquives et les coups d’aiguillon de la lance,
il ne réfléchit plus et chargea sans réaliser qu’il allait être emporté dans ce
portail et que son esprit et son corps seraient de nouveau séparés.
Même si l’affrontement
n’avait pas lieu dans le monde physique, les chocs psychiques avaient des
répercussions dans la réalité.
Tout autour du volcan, la
terre se mettait à trembler, des fumées commençaient à s’élever dans la
caldeira. La lave qui était resté profondément enfouie au fond de la chambre
magmatique remontait lentement dans les failles ouvertes par les mouvements du
sol.
Les villageois endormis
furent réveillés par les grondements de la terre. Ceux qui étaient dehors
pouvaient voir les lueurs de la lave et les premières bombes volcaniques
projetées au-dessus du cratère.
Dans la caverne, les
hommes du Général qui avaient survécu aux missiles et qui s’étaient retrouvés
piégés par l’éboulement de la grotte après l’explosion étaient aux prises avec
les guerrières de la déesse.
Athéna avait de nouveau
ouvert le passage emprunté par Ketia et Elodie. Ses amazones se sont
précipitées dans la brèche et avaient empli la caverne de leurs cris de guerre.
Malgré leurs armes
automatiques, les bandits ne pouvaient rien faire contre ces furies qui se
déplaçaient en silence dans l’obscurité de la grotte. Leurs lames acérées
faisaient des ravages chez les hommes hébétés. Dès que l'un d’eux trahissait sa
présence en allumant sa torche ou en tirant, une des guerrières se jetait
aussitôt sur lui et le tuait.
Submergés par l’agilité
et la technique de ces walkyries, ils ne pouvaient rien faire. En quelques
minutes, la grotte fut nettoyée.
Une des grandes
prêtresses qui les accompagnait, se préparait à ouvrir un autre portail pour
accueillir le Grand Serpent dans sa nouvelle prison. D’autres suivantes
posaient un peu partout sur les parois des amulettes qui l’empêcheraient de la
quitter.
La prêtresse prononça une
invocation et le passage s’ouvrit. Quelques instants plus tard, le corps
physique de la bête s’écrasa sur le sol. Les suivantes le couvrirent d’un filet
scintillant qui l’immobilisa. Le corps du Grand Serpent prit alors l’apparence
d’une énorme concrétion rocheuse ayant la forme d’un crocodile géant.
Dans un plan purement
spirituel, l’esprit des autres suivantes emprisonnait l’esprit du mal dans une
jarre qu’elles scellèrent avec des runes magiques.
Les quelques villageois
isolés qui n'avaient pas pris la précaution de se mettre à l'abri des dômes
préparés par les prêtresses des villages furent submergés par la violence du
combat psychique. Leurs esprits furent emplis de frayeur et de violence et ceux
qui ne moururent pas, tombèrent dans la folie.
Le pilote du drone de
surveillance qui continuait de survoler régulièrement la zone du bombardement
au-dessus du cratère observait les mouvements de la bête. Il ne comprenait pas
ces mouvements. Il lui semblait qu’elle se battait contre un ennemi invisible.
Cette nuit-là, à la
différence du jour du bombardement, il avait tout le loisir d’observer grâce
aux caméras, les déplacements du monstre. Il était impressionné par son agilité
et sa vélocité. Le lézard-dragon comme il l’appelait, faisait des sauts de
plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol.
Le combat dura de longues
minutes et si le monstre ne semblait pas montrer de blessure, le militaire se
rendait compte qu’il fatiguait. Surtout, il comprit rapidement la stratégie de
l’adversaire invisible. Il était en train d’acculer l’animal contre la paroi du
cratère.
Soudain un éclair bleu
illumina la scène au moment où le monstre se jeta en avant. Incrédule, il
aperçut dans la lueur une femme noire d’une taille impressionnante. Elle
s’écarta juste au moment où le monstre arriva sur elle. Celui-ci franchit alors
la sphère lumineuse et disparut aussitôt avec elle.
La caldeira retrouva
alors son calme, troublé par les quelques projections de bombes volcaniques et
les coulées de laves qui remontaient lentement par les anfractuosités du sol.
Il se jeta alors sur
l’enregistreur pour revenir au bref instant où il avait vu la femme apparaître.
Il figea l’image et il découvrit avec stupéfaction qu’elle était équipée comme
une guerrière de l’antiquité. Il se souvenait de ces cours d’histoire et
reconnut les attributs de la déesse Athéna.
— Je suis fou, ce sont
des hallucinations ! C’est un problème de transmission des images…
Aucun appareil n’était
défaillant et les signaux captés étaient bien ceux des caméras embarquées. Il
était clair qu’il n’avait pas capté de signaux parasites. Il avait beau tourner
et retourner ses informations dans son esprit, visionner plusieurs fois les
images, il ne comprenait pas. Pris d’une soudaine inspiration et pour ne pas
passer pour un fou, il dirigea le drone vers l’endroit où la Déesse était
apparue pour la première fois. Il le fit passer au-dessus d’une des cheminées
en éruption, une bombe vint alors le fracasser. Il informa simplement son
supérieur de la destruction du drone à la suite de l’éruption.
— Nous aurions dû nous en
douter et le faire revenir quand le volcan a commencé à exploser. On va se
faire remonter les bretelles par les comptables…
— Chef ! Pourriez-vous
passer voir, j’ai des images troublantes de l’éruption...
Le pilote dévoila les
vidéos enregistrées de la bataille entre le lézard et Athéna.
— Je ne vois pas ce qu’il
y a d’étrange, on voit les arbres secoués par les tremblements de terre, des
fissures apparaître dans le sol… Effectivement cette éruption ne ressemble pas
à ce que je connais car elle n’a été précédée d’aucun signe précurseur, mais il
faudrait demander l’avis d’un spécialiste.
— Vous êtes sûr que nous
ne voyez rien d’anormal ? Regardez ! Là ! Ne voyez-vous pas un gros lézard ?
dit-il en arrêtant l’image sur le moment où le monstre se jette sur Athéna pour
la première fois.
— Je vois juste un rocher
se déplacer du fait du tremblement de terre et des mouvements du sol…
Le pilote ne comprenait
pas son supérieur, comment ne pouvait-il pas voir ce monstre et au moment du
flash lumineux, cette femme qui occupait presque tout l’écran ? Elle était
immanquable.
— Je n’ai rien vu
d’étrange, juste des images d’un séisme précurseur d’une explosion volcanique,
les parasites sont sûrement dû à l’air chargé en électricité. Ne t’inquiète pas
! Tout va bien… Et avec cette éruption, les rebelles qui auraient pu être
enfermés dans la grotte, sont morts…
Dépité, il regarda son
adjudant quitter la pièce de pilotage. Il éteignit alors les appareils et alla
rejoindre ses compagnons d’armes pour aller passer la soirée en ville. Il ne
pouvait s’empêcher de repenser à ce qu’il avait vu sur les images et même si
l’alcool et les femmes l’aidèrent à passer du bon temps, il restait préoccupé
par le souvenir de ce qu'il avait vu sur ses écrans.