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jeudi 22 octobre 2020

Fantômes -09- Libération

  

Quelques semaines plus tard, le message de Natacha auprès de Paul était bien passé. Elisabeth avait été convaincue d’accepter la présence de Laurence. Elle comprenait que le désir de cette femme pour son fiancé avait été exacerbé par les fantômes.

Ils se retrouvèrent donc tous en cette veille de Samaïn ou de Toussaint dans le manoir de Tante Janis. Madame Rose était stupéfaite par ce qu’elle y découvrait. Malgré sa jeunesse africaine au milieu des grigris et autres talisman, elle n’en croyait pas ses yeux.

Elle avait tout de suite reconnu en Gérald, un homme particulier. Elle savait que son apparente jeunesse était due à un terrible sacrifice. Mais elle reconnaissait en lui un homme de pouvoir.

Parmi eux seuls Paul et Thibault ne possédaient aucune particularité surnaturelle. Elisabeth comme sa mère était consciente de leur différence sans en comprendre la nature, Laurence était possédée par la partie maléfique de l’esprit de l’oncle Pierre. Il y avait aussi les fantômes qui les entouraient sans oser se manifester. Ils ressentaient la présence de toutes ces pouvoirs dans le manoir.

Tous étaient réunis dans le grand salon autour de la cheminée où ils avaient allumé un feu pour couper le froid lié au premières gelées de l’automne.

— Dès que nous serons prêts, nous monterons à la source pour préparer le rituel que je vais devoir accomplir.

Un silence de plomb tomba alors sur la pièce. Même les quelques oiseaux qui chantaient encore en cette période de l'année ne se faisaient plus entendre. Laurence ne ressentait pas le mouvement des spectres autours d'eux. Ils attendaient tous les paroles que Gérald allait prononcer.

— Comme vous le savez tous maintenant, cette demeure, la source et la caverne sont un point de passage entre notre monde et un des plans du sur-monde. Natacha et Elisabeth, vous êtes les descendantes directes des grandes prêtresses qui étaient les gardiennes de ce sanctuaire et de la porte. A ce titre, vous ne pouvez pas rester loin de ce lieu sans ressentir un manque. Au bout d'un moment plus ou moins long, vous devez impérativement revenir, n’est-ce pas ?

Les deux femmes ne répondirent pas, Gérald avait raison. Elles ne pouvaient pas dire le contraire, elles avaient besoin de se ressourcer dans cette maison régulièrement. Gérald continua son exposé.

— Avec Madame Rose qui était autrefois une prêtresse de la Déesse dans son pays et Laurence qui habitée par une entité surnaturelle, nous sommes donc cinq à être détenteur de pouvoir…

— Et nous ? demanda Paul. Comment allons-nous pouvoir vous aider ?

— Exactement comme je pensais le faire la première fois où je suis venu. J’ignorais alors que nous serions aussi nombreux à détenir ces facultés. Autour de la source, il y a cinq pierres qui forme un pentagramme dont la source est le centre. Paul et les femmes, vous vous tiendrez chacun sur une pierre. Moi, je serai au centre et Thibault, tu veilleras à ce que rien ne nous perturbe pendant que je ferai le rituel…

— En quoi consiste ce rituel et que va-t-il se passer ?

— Il est simple, il s’agit juste de réciter une invocation avec la pierre que j’ai sur moi. Si tout se passe normalement, une ouverture se fera entre notre monde et le monde des morts et les fantômes pourront passer dans le plan qui devrait être le leur.

— Mais pour la chose qui me hante ? questionna Laurence.

— Pour elle, cela sera du ressort de Madame Rose, Elisabeth et Natacha. Elles pourront appeler l’entité qui habite la source et qui pourront lui demander de te délivrer.

— Moi ? Mais comment cela ? Je n’y connais rien ! C’est Janis qui connaissait tout cela pas nous.

— Je le sais et c'est pour cela que je dis que vous le ferez ensemble. Madame Rose détient le savoir-faire et vous lui apporterez la force. Je serai présent comme médiateur.

Elisabeth écoutait cette échange entre Gérald et sa mère avec surprise, de quels pouvoir parlaient-ils ? Mais elle n’eut pas le temps de poser de question car Gérald les pressait pour se rendre à la source. Elle fut surprise quand il leur demanda de prendre le vieil ours en peluche et la cane de l’oncle Pierre.

Ils montèrent tranquillement dans les brumes automnales. Les fantômes les accompagnaient. Paul marchait en tête avec Gérald. Elisabeth fermait la marche avec sa mère. Celle-ci lui expliqua brièvement ce que certains villageois racontaient au sujet de leur famille.

— Nous avons longtemps été craintes car on nous prenait pour des sorcières. Tes ancêtres possédaient des connaissances qui leur permettaient de soigner les villageois des environs bien mieux que les médecins des villes.

— Oui ! J'ai lu cela dans les carnets de tante Janis, mais elles utilisaient des herbes en décoction ou fumigation. Rien de magique !

— Attends de voir ce que Gérald nous prépare, je pense qu'il n'est pas qu'un simple musicologue.

— Comment cela ?

— Il est bien plus âgé qu'il n'en a l'air.

— Pourquoi ?

— Il ne peut pas avoir acquis ces connaissances en si peu de temps ou alors c'est un puissant sorcier… mais je ne ressens pas son pouvoir... Donc, j'en conclus qu'il est bien plus âgé qu'il ne le dit.

— Je ne comprends rien, maman…

— Tu en comprendras plus ce soir… tu vas découvrir l'héritage que tu as reçu de tes ancêtres…

Elisabeth était encore plus décontenancée. Le groupe arriva enfin dans cette clairière. L’exploration avait permis de dégager quelques murs, les colonnes du pentagramme et la voie pavée. Elisabeth et Natacha découvrait la source sous un autre jour.

— Je n'avais pensé qu'il pouvait y avoir tout cela dans cette forêt…

Madame Rose était stupéfaite, cela lui rappelait un temple de son pays où elles honoraient la Grande Déesse avec d'autres femmes.

Seuls Paul et Thibault voyaient ces ruines comme un site archéologique, même si leur rationalisme en avait pris un coup.

Gérald leur indiqua leur place. Il les mit en garde sur les dangers du rituel qu'il pratiquerait dans la soirée.

— Je préfère attendre ce soir, car comme vous en avez entendu parler, il est plus facile de maintenir un portail ouvert les nuits comme celle d'aujourd'hui que les autres jours. Mais nous aurions pu faire cela cet été si nous avions été assez nombreux…

— Que devrons nous faire ? demanda Paul.

— Pas grand-chose… Juste me regarder et tendre vos mains dans la direction de votre voisin… Et surtout ne pas vous laisser distraire par ce qui pourrait arriver autour de nous.

Quand les fantômes les virent s'installer, ils commencèrent à s'exciter. Ils en devenaient presque visibles. Gérald souriait. Cela sera encore plus facile qu'il ne l'avait pensé.

— Je vais juste répéter le rituel en vue de ce soir, vous êtes prêts ?

— Oui ! dirent-ils en cœur.

Gérald leva les mains au-dessus de lui et appela les vieilles divinités.

A la surprise de ses amis, il prononçait ses paroles dans une langue parfaitement compréhensible et après avoir invoqué Aphrodite et Hadès, il appela les fantômes par leur nom.

— Pierre… Léopold... Emiliette... Héloïse... Théodoric... Caius… Approchez-vous et franchissez ce seuil...

Aucun des participants ne remarqua le faible tremblement de l’air au-dessus de l’eau.

— Quittez le non-monde où vous vous êtes perdus et rejoignez le monde d’Hadès !

Il resta immobile plusieurs minutes les mains toujours levées puis il les abaissa avant d’inviter ses compagnons à faire de même.

— Vous avez vu ce fut bref et vous avez parfaitement gardé votre concentration pendant cette répétition, il faudra refaire cela ce soir.

Madame Rose intervint alors.

— Et nous, ne devrions-nous pas répéter aussi ?

— Non ! Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Les fantômes qui habitent la maison, ne sont pas des entités très puissantes. Elles n’ont pas été sensibles à cette répétition et elles sont partantes pour passer dans l’au-delà. La force qui possède Laurence est bien plus forte et il ne faudrait pas éveiller ses soupçons. Ce soir avec la Lune qui sera pleine et au zénith, nous aurons plus de pouvoirs…

— Oui ! c’est sûr, plus la Lune est haute dans le ciel et plus nos pouvoirs sont puissants…

Elisabeth les écoutait parler, après l’invocation de Gérald, elle se sentait soulagée d’un poids et elle aperçut sa mère trembler. Pendant leur retour vers le manoir, elle décrit à Natacha ce sentiment de légèreté qu’elle ressentait depuis quelques minutes. Mystérieuse, elle lui dit simplement qu’elle en apprendrait plus ce soir lors de du désenvoûtement de Laurence puis elle se tût.

Quelques heures plus tard, ils étaient de nouveaux autour de la source et ils se remirent en place. Thibault était resté en retrait car il était le seul à ne pas être concerné par le rituel de Gérald. Il écoutait d’un air absent les paroles que son ami récitait de nouveau mais il le trouvait moins convainquant et moi ferme que dans l’après-midi, il s’en étonnait. Il lui en demanderait la raison plus tard.

Gérald invita les quatre femmes à venir près de la pierre. Il demanda à Laurence de se mettre au milieu de la petite mare. Elle frissonna au contact de l'eau fraîche qui lui montait au genou. Madame Rose, Natacha et Elisabeth se placèrent au bord de l’eau. Madame Rose psalmodia les premiers mots de l'invocation de désenvoutement. Natacha et Elisabeth reprenaient après elle.

Au pied de Laurence, l'eau commença à frémir. Des vaguelettes parcouraient la surface de l'onde.

Gérald lança un nom pendant que Madame Rose chantonnait de manière monocorde.

Une gerbe d'eau jaillit au milieu des femmes. Quand le calme fut revenu, ils virent une femme nue à la peau laiteuse, aux longs cheveux blonds et aux regard émeraude les fixer.

— Que me voulez-vous ? Qui êtes-vous ?

— C'est alors qu'à la surprise de Paul, Thibault et surtout Elisabeth que Natacha pris la parole.

— Esprit protecteur de la source, je te demande, moi ta fille, de libérer cette femme. Libère-là du mal qui l'habite et la hante.

— Que me donnerez-vous en échange ?

Ils entendirent alors une voix masculine sortir de nulle part.

— Moi ! Je viens te servir…

— Paul et Thibault se retourneront et ils virent alors le vieux voisin s'approcher.

Il entra dans l'eau et avec la naïade, ils prirent les mains de Laurence. Le silence se fit dans la clairière. Alors que le Lune se reflétait dans la mare. Laurence poussa un grand cri qui ressemblait un hurlement de douleur qui se terminait en cri de plaisir. Ils purent apercevoir une ombre orangée sortir de la bouche de la jeune femme qui se dirigeait vers la pierre dans laquelle elle se fondit.

Elle tremble sur ses jambes et tomba à genoux.

— Allez la chercher, dit Gérald à Paul et Thibault.

Quand il n'y eut plus que le voisin et la naïade dans l'eau, un violent coup de tonnerre retentit. Un éclair venait de frapper la falaise au-dessus de l'entrée de la grotte. Un grondement énorme remplit l'air en même temps que des tonnes de roches s'effondrèrent pour fermer la caverne à tout jamais. Profitant de la distraction causée par ce tumulte, les deux êtres surnaturels disparurent dans l’eau.

Il leur fallut quelques minutes pour reprendre leurs esprits. Ce fut Paul qui les incita à rejoindre la maison pour qu'ils puissent se sécher et se réchauffer. Laurence était à moitié consciente et ils durent la soutenir dans la descente.

Natacha et Madame Rose lui enfilèrent des vêtements secs et elles la couchèrent dans son lit pour qu'elle récupérât.

— C'est fini ? Demanda Thibault.

— Oui ! C'est fini.

— Est ce que tu peux nous expliquer ce dont nous avons été témoins ? demanda Paul.

— Vous avez vu une divinité oubliée… un élémental d'eau, une puissance de la Nature. Il a fallu le talent de Madame Rose pour appeler son esprit et la force de Natacha et d’Elisabeth pour la convaincre de sortir de l’oubli.

— Oui ! Mais, ma mère a parlé d’elle comme sa fille ? questionna Elisabeth en regardant Natacha qui baissait le regard.

— Oui ! J’ai entendu cela aussi, reprit Thibault.

Natacha leur raconta alors une vieille légende familiale. Les femmes se transmettaient de générations en générations qu’un de leurs ancêtres, dont la femme était stérile s’était égaré dans ces bois un soir de pleine de Lune lors de la fête de Samaïn. Il traquait une biche depuis plusieurs heures. Il la vit plonger dans la mare et disparaître.

En s’approchant prudemment, surpris et inquiet de cette disparition, il est entré dans l’eau. Il entendit alors un chant mélodieux qui l'hypnotisa et il perdit conscience.

Quand il s’est réveillé, il était allongé à l’ombre d’un chêne, un bébé endormi à côté de lui. Il prit le bébé avec lui et rentra au village. Avec sa femme, ils élevèrent l’enfant comme leur fille.

Quand celle-ci fut grande, elle montra des prédispositions pour soigner et soulager les maux des hommes et des animaux. Elle s’installa dans une cabane près de la source dont elle devint la protectrice.

— Donc si je comprends bien, je serais une descendante de cette naïade ?

— Oui ! Ma chérie, et c’est ce sang divin qui nous a permis de l’appeler et de soigner Laurence…

— Pourquoi ne pas me l'avoir dit plus tôt ? Pourquoi Tante Janis ne me l'a jamais dit ?

— Il ne peut y avoir qu'une seule guérisseur et gardienne vivante. Tant que ta tante était en vie, c'était elle qui détenait ce pouvoir. Maintenant ce pouvoir te revient… De plus tu l'as reçu directement de l'esprit de la source…

— Je suis donc une guérisseuse ? Mais et toi ?

— En quelque sorte, oui… mais une guérisseuse de l’âme et surtout la gardienne de la source… Quant à moi, mon rôle était juste de te permettre de grandir pour acquérir ce pouvoir… Mon sang n'était pas assez pur pour tenir ce rôle… C'est ma rencontre avec ton père qui m'a permis de le revivifier… Lui aussi était un porteur du Sang Sacré…

Le visage d'Elisabeth se ferma à l'évocation de ce père qu'elle n'avait jamais connu et dont sa mère ne parlait qu'en terme vague comme d'une aventure d'un soir.

Madame Rose souriait, elle avait senti la puissance du pouvoir qui habitait la jeune femme. Elle avait aussi ressenti sa bienveillance et sa détresse d’avoir fait souffrir son fiancé. Par contre, elle n’avait pas compris comme les fantômes avaient disparu. Le soir, autour de la source, il ne s’était rien passé, elle en était convaincue. Et cet homme qui avait surgi de nulle part, qui était-il ? Pourquoi avait accepté de se sacrifier aussi facilement ?

Gérald la fixait, ses yeux la perforaient, elle savait qu’elle n’obtiendrait aucune réponse de cet homme au regard pluriséculaire.

Après s’être réchauffés autour du feu et avoir pris une collation revigorante, ils se retirèrent dans leur chambre.

Paul et Elisabeth retissaient le lien d’amour qui avait été sur le point de se rompre. Madame Rose se rendit au chevet de Laurence avec toutes ses questions. Thibault et Natacha s’endormirent chacun dans leur chambre.

dimanche 20 septembre 2020

Fantômes -02- Découvertes

              Un rayon de soleil pointait à travers une fente des persiennes et vint chatouiller le visage de Paul. Il se retourna en grimaçant dans son sommeil mais il finit par entrouvrir un œil.

Où suis-je ? se dit-il en se redressant sur le lit.

Il regarda autour de lui et viy sa compagne endormie. Il lui caressa les cheveux du revers de la main tout en douceur pour ne pas la réveiller. Puis il décida de se lever. Il ne souvenait de rien de bien précis après cette folle farandole dans la forêt. Des images de leur retour plus ou moins titubants et arrivés à la maison, ils étaient montés rapidement dans la chambre pour se dévêtir. La position des vêtements dans la pièce traduisait cette hâte. Il rougit en voyant où les sous-vêtements d'Elisabeth avaient atterri, mais il ne se souvenait vraiment de rien ensuite. Attrapant son jean et un polo, il descendit silencieusement à la cuisine.

— Il faut que je remonte à la source. Je dois comprendre ce qui s'est passé. De plus, ces inscriptions m'intriguent.

Il prit son téléphone et regarda les images prises la veille.

— Elles ne sont pas assez détaillées, il faut que je les fasse avec l'appareil photo. Laurence saura bien me dire de quoi il retourne.

Tout en réfléchissant aux implications de la présence de ces gravures sur cette pierre, il préparait le café et tout ce qu'il fallait pour Elisabeth lorsqu'elle se réveillerait.

Il prenait son café debout et prépara un petit sac à dos, sans oublier l'appareil photo.

Il laissa un petit mot à l'attention de son amie et attrapant le bâton de marche du vieil oncle, il se dirigea vers le sentier qui grimpait vers la source. Il appréciait cette balade matinale en respirant à pleins poumons les odeurs de la nature endormie qui s'éveillait doucement. Il était attentif au chant des oiseaux et aux stridulations des grillons qui se réveillaient grâce à la chaleur du soleil. Encore une chaude journée en perspective, pensa-t-il.

Connaissant les pièges du chemin, il observa plus attentivement les alentours en cherchant des indices de vestiges cachés. Son instinct l'avait rarement trompé et là, il se disait que la pierre ne pouvait pas être isolée. La végétation touffue de cette fin de printemps ne lui permettait pas de bien distinguer les variations du sol. Il faudrait presque ratisser cette forêt centimètre par centimètre pour découvrir des indices qui ne semblaient pas avoir laissé de souvenirs dans la mémoire collective des habitants, à part cette légende liée à la source.

Il arriva enfin à la clairière et retrouva l'arbuste couvert de baies noires qu'ils avaient mangées juste avant de s'approcher de la source. Elisabeth lui avait dit qu'elles étaient délicieuses. Il se rendit compte que ce qu'ils avaient vécu la veille n'était pas un simple rêve. Ils étaient bien arrivés jusqu'ici et ils avaient piétiné le sol de nombreuses fois. Les herbes étaient couchées et formait un cercle autour de la pierre.

Il s'en approcha et s'agenouilla devant elle. Les inscriptions étaient bien là. En prenant ses précautions, il la dégagea bien de toute la végétation qui la recouvrait encore et alors qu'il arrachait une liane de lierre, un fragment se détacha Il le ramassa et le mit dans son sac. Il dégagea aussi sur quelques dizaines de centimètres autour en espérant découvrir quelques indices.

Cela lui prit quelques dizaines de minutes pendant lesquelles il était penché, accroupi sur le sol. Comme il sentait son dos endolori par la position, il se releva et regarda à nouveau la clairière autour de lui. Son regard fut accroché par un morceau de tissu rose fuchsia suspendu à un buisson. Il fut surpris car il ne lui semblait pas l'avoir vu en arrivant. Il s'en approcha et découvrit ébahi qu'il s’agissait du soutien-gorge qu’Elisabeth portait la veille. Il le ramassa en se demandant vraiment ce qui s'était passé car il n'en gardait aucun souvenir. Cela le travailla.

— Je poserai la question à Elizabeth, elle se souviendra peut- être mieux que moi.

Il mit ses pensées de côté pour prendre de nombreux clichés du site, sous tous les angles et avec le plus de détails possibles.

Regardant l'heure, il rangea alors le matériel et redescendit vers la bâtisse, Elisabeth devait être levée et l'attendre. Ils avaient prévu de commencer un rapide inventaire des lieux.

Sur le chemin du retour, il fut attentif à la nature autour de lui. Il remarqua une chose étrange, il avait beau entendre les oiseaux au loin, il n'en entendait aucun autour de lui. Comme s'ils se taisaient à son passage, il nota aussi des frémissements dans la végétation alors qu'aucun souffle d'air ne le caressait.

Il dut aussi reconnaître qu'il avait l'esprit préoccupé par la pierre et il se dit qu'il n'avait sûrement pas été attentif à tous ces menus détails.

Tout en marchant, il en profitait pour observer le paysage autour de lui, cherchant des indices qui indiqueraient la présence d'autres pierres, ce qui pourrait signaler la présence d'un ancien sanctuaire.

— Quand Laurence aura identifié avec certitude les glyphes sur la pierre nous en saurons plus. Je devrais revenir avec elle, pensa-t-il en redescendant le sentier.

En arrivant à la maison, il aperçut Elisabeth qui prenait son petit déjeuner. Elle s'était installée sur la terrasse pour profiter du soleil matinal. Elle lui fit un signe en le voyant approcher et se leva pour venir vers lui. Ils s'embrassèrent tendrement et main dans la main, ils s'installèrent à table où Paul reprit un café.

— Je suis remonté à la source et regarde ce que j'ai trouvé, dit-il en montrant le soutien-gorge à Elisabeth.

Elle le prit, étonnée, pensent : je ne comprends rien, je me suis réveillée ce matin, nue dans le lit. Avec des douleurs comme si j'avais couru un marathon.

Mais elle n'osa pas raconter ses rêves à son compagnon.

— Nous avons dû être victime d'une hallucination hier soir. Peut—être ces baies que nous avons grappillées en montant ?

— Je ne pense pas, même si elle ne pousse qu'ici, j'en mangeais enfant et dans mon souvenir, je n'ai jamais été prise d'hallucination après mais peut-être que fatigués nous étions plus sensibles. Et pris par le charme du site, nous nous sommes laissés aller. Ce qui est dommage c'est de ne plus s'en souvenir.

Elle lui sourit malicieusement en se caressant le ventre.

— Pas grave, cela nous reviendra ! lui répondit-il en la serrant tendrement contre lui et passant à l'autre sujet qui le préoccupait. Il enchaîna sur la pierre et la source.

— J'en ai profité pour prendre des photos du site, je vais les montrer à Laurence en rentrant, je suis sûr qu'elle saura nous dire l'origine de ce site. Et même si nous avons oublié ce que nous avons fait hier soir, l'herbe autour de la source est bien piétinée. Ce que je ne comprends c'est comment nous sommes rentrés et couchés. J'ai dormi comme une masse d'un sommeil sans rêve.

— Oui moi de même ! murmura Elisabeth en rosissant un peu.

— Il ne faut pas que nous traînions si nous voulons explorer la maison, le grenier est rempli de malle et je ne sais pas ce que renferme la cave.

— Oui ! J'imagine que ta tante a dû accumuler des souvenirs de ses voyages, c'était une vraie globe-trotter.

— Je sais qu'elle a parcouru le Népal dans sa jeunesse et ensuite qu'elle a fait de nombreux voyages dans les Andes, au Mexique et en Australie. Mais à part les quelques statuettes présentes dans le salon, je n'ai jamais vu grand-chose d'autre. Peut-être, le grenier nous livrera-t-il ses secrets ?

— Qui sait ?

Pendant qu'Elisabeth se rendait dans la salle de bain pour se doucher et enfiler une tenue pratique pour leurs explorations, Paul rangea le petit déjeuner tout en tentant de mettre de l'ordre dans sa tête.

Il lança à sa compagne.

— Au fait ! J'ai aussi pris des photos de l'arbuste et des baies, je regarderai ce que c'est à la maison.

— Janis et maman les appelaient les baies du diable. Elles m'interdisaient de les manger, mais je le faisais quand même en cachette. J'en mangeais une ou deux dans leur dos. Hier soir nous en avons peut-être dégusté un peu trop, répondit-elle depuis la salle de bain dont comme à son habitude elle avait laissé la porte ouverte.

En se douchant, elle remarqua que son dos et ses fesses étaient couverts de griffures laissées par de la végétation, comme celle qu'elle s'était faite sur les cuisses en montant à la source. Son rêve n'était peut-être pas totalement une hallucination mais pourquoi Paul n'en avait-t-il aucun souvenir. Songeuse, elle finit de se préparer et sortit de la salle de bain en short et tee-shirt. Elle montra ses griffures à Paul qui faisait la vaisselle. Il lui dit qu'elle avait dû faire une sacrée glissade dans les ronces en rentrant la veille au soir.

Elle alla prendre la clé du grenier qu'ils avaient laissée sur la commode du salon.

— Je suis prête !

— J'arrive, je finis la vaisselle, monte, je te rejoins !

Elisabeth, un peu nerveuse, ouvrit la porte du grenier et montait lentement les marches de bois qui grinçaient à chaque pas. Baigné dans la lumière des vasistas poussiéreux, l'endroit semblait magique. Elle était émerveillée.

Un nombre incroyable de malles jonchaient le sol, toutes aussi poussiéreuses que le vasistas, mais terriblement attrayantes par les secrets qu’elles pourraient renfermer. A la différence du reste de la maison, on voyait clairement que le grenier n'avait pas été visité depuis des années.

— Il faudra donner un bon de balai la prochaine fois que nous viendrons.

Elle souleva le dessus d’une des premières malles, près d’elle. Rien de particulier : des vêtements de toutes sortes et de tous pays, des breloques et des souvenirs. La dernière, la plus attrayante, était fermée par plusieurs dispositifs, un gros cadenas, une chaîne et ensuite un code.

Elisabeth passa sa main pour enlever la couche de poussière qui cachait le mécanisme de la malle. Elle cherchait fébrilement comment l’ouvrir. Elle se mit à quatre pattes pour mieux observer l’ouverture et sentit un frôlement contre ses fesses. Elle se retourna, surprise mais ne vit rien.

Le mécanisme était simple, il suffirait juste d’en trouver le code à quatre chiffres, mais comme elle ne le connaissait pas, elle décida d’en essayer quelques-uns avant de se dire qu'elle devrait le trouver dans les cahiers de sa tante. Puis, elle se souvint que sa tante avait eu énormément d’affection pour elle et tenta sa date de naissance et… Bingo ! C’est à ce moment que Paul la rejoignit.

— Regarde ! lui dit-elle toute excitée, je viens de découvrir la malle la plus importante.

Elle l’ouvrit le regard attisé par la curiosité de savoir ce qu’ils pourraient y découvrir.

La malle renfermait entre autre un grand nombre de cahiers dont les pages étaient recouvertes de la fine écriture de tante Janis. Et sous une couverture, ils trouvèrent divers objets insolites, voir mystiques. L’inventaire leur prit plus de temps qu’il n’y paraissait au premier abord et ils en oublièrent l’heure du repas. Mais leur estomac leur rappela qu’il fallait se nourrir pour pouvoir continuer. Ils allèrent déjeuner et le débat tourna autour des objets et des carnets. Ils firent un lien entre la source, la pierre et les voyages de Janis. Le déjeuner terminé, une trempette dans le ruisseau fut la bienvenue. Leurs ablutions ne purent qu’inévitablement tourner en câlins sur l’herbe.

Alors qu’ils se remettaient doucement, Elizabeth, la tête posée sur l’épaule de Paul, un frisson étrange les parcourut qui créa un amalgame étrange entre malaise et bien-être. Ils se rendirent aussi compte qu'il n'y avait plus de bruit autour d'eux et ils remarquèrent le frémissement des feuillages comme la veille lors de leur montée à la source.

De retour à la maison, ils commencèrent à préparer leur départ. Paul hésitait à emporter le bâton de marche pour mais il se dit sans réellement en connaître la raison qui l’y poussait, qu’il serait un appoint pour accompagner le déchiffrage des clichés.

Elizabeth quant à elle, embarqua son vieux doudou confectionné par sa tante. Ils décidèrent d’un commun accord de prendre les cahiers qui tiendraient dans une valise de cabine car elle comptait bien les compulser dans l’avion du retour. Impatiente, elle en lut un sur le chemin de l’aéroport.

Dans la voiture, Elizabeth éprouva à nouveau ce sentiment de "dérangement" dont elle ignorait l’origine, elle ressentait des choses étranges sans réellement les comprendre.

Pendant le vol, Paul qui avait transféré les photos sur sa tablette les regardait avec attention. Quant à Elisabeth, elle était plongée dans le déchiffrage de l’écriture fine et régulière de sa tante. Aussi, ils ne remarquèrent pas les regards intrigués et un peu gênés des hôtesses qui sursautaient à chaque passage à proximité du couple. Néanmoins, Elizabeth avait de nouveau des frissons qui la parcouraient à chaque frôlement qu’elle attribuait à la proximité de son ami. Elle le regardait avec insistance, intriguée par son flegme et sa concentration sur les clichés de la source et de la pierre.

Plongée dans sa lecture, elle constata que certains passages étaient écrits en latin, d’autres dans des langues inconnues ou d’origines incertaines et sur certaines pages, il y avait des sigles, des dessins et d'autres bizarreries qui la perturbaient un peu. Mais elle ne laissait pas transparaître son trouble. Elle venait de faire le rapprochement entre les objets découverts sous la couverture et ce qui était retranscrit dans les cahiers. Elle referma celui qu’elle tenait dans les mains et ferma les yeux. Des images dansaient dans son esprit un peu embrumé par tant de lecture. Elle réfléchissait au meilleur moyen d’optimiser son temps pendant son prochain voyage.

C’était décidé, elle ferait également des recherches sur son prochain lieu de travail, sur les origines de son aïeul, celte d'origine qui avait émigré dans la région suite à son opposition au régime anglais au début du vingtième siècle.

De retour chez eux, la première chose qu’elle fit en déballant ses affaires fut de sortir le vieux doudou et de le déposer sur la commode de leur chambre. A côté de lui, elle posa délicatement les précieux carnets dont elle avait compris l’importance de la teneur. Mais elle n'en avait pas encore vraiment le sens car sa tante, dans sa hâte d’écrire, avait mélangé toutes les informations.

Mais il était temps de se reposer pour repartir au travail le lendemain matin, Paul avait ramené de quoi manger sur le pouce vu l’heure tardive et, avant de se coucher, ils firent un petit point sur leur mésaventure à la source sans parvenir à trouver ce qui n'allait pas dans leurs souvenirs communs

Le lendemain matin, Paul arriva au bureau. Dans sa hâte de montrer à sa collègue Laurence, toutes les photos qu’il avait prises, il en avait oublié d’emporter la canne. Elle en connaissait un brin sur les écritures anciennes et ses symboles allaient la passionner.

— Je suis intriguée de voir ce genre de graphisme aussi loin dans le Sud-Ouest de la France, mais je te promets de m’y pencher.

— Tiens ! Lui dit-il en tendant sa main, voici un fragment de la pierre qui s'est décrochée quand je l'ai dégagée de la végétation.

— Elle a quelque chose de spécial, cette pierre ?

— Je ne sais pas, je l’ai prise à tout hasard et j’aimerais que tu regardes aussi, j’en ai un autre éclat à la maison.

Quand Laurence prit la roche dans la main, elle sursauta et regarda Paul surprise. Elle avait ressenti une sorte de choc électrique.

 

Pendant ce temps, Elizabeth, occupée par ses traductions, reçut un appel de sa mère, Natacha, la nièce de Janis.

— Oh maman, je suis contente de t’avoir au téléphone. Tu n’imagineras jamais ce qui nous est arrivé en allant chez tante Janis.

— Ma chérie, je te propose de déjeuner ce midi avec moi afin que tu me racontes tout cela, répondit-elle malicieusement.

A priori, elle ne fut pas aussi surprise qu’Elisabeth l’avait espéré. Ce qui la perturba encore plus, d’autant qu’elle avait encore ressenti ces frôlements contre ses fesses et le haut de son dos alors même que Paul était parti au travail.

Pendant qu’elle se préparait doucement à sortir, elle ressentit une nouvelle fois un profond malaise. Elle sentait une "présence" indéfinissable autour d'elle. Prenant peur, elle sortit avec précipitation en claquant la porte d’entrée, comme si elle fuyait quelqu’un… ou quelque chose.

Elle courut presque pour arriver au point de rendez-vous et arriva essoufflée. Pouvant à peine parler, elle baragouina quelques mots qui rendirent sa mère perplexe.

Dans sa hâte de lui narrer leur redécouverte de la maison familiale, elle mélangeait les mots, les phrases et les événements.

Natacha lui proposa de se calmer avant tout chose car même si elle avait deviné ce qu’il se passait, il fallait remettre les choses en ordre.

Après quelques instants et un petit apéro-maison, Elizabeth fut enfin en mesure de pouvoir s’exprimer dans un langage plus ou moins correct.

A l’écoute de son récit, Natacha devint de plus en plus blême, jusqu’à devenir d’une pâleur extrême.

— Vous n’avez touché à rien, j’espère ! Arriva-t-elle à exprimer avec beaucoup de difficulté.

— Non, je te rassure, nous avons laissé en place les grigris de Janis. J’ai juste emporté les cahiers que nous avons trouvés dans la malle fermée de plusieurs mécanismes.

— Vous avez bien fait de ne pas toucher aux grigris, il ne faut pas jouer avec le feu ! Dit-elle d’un air mystérieux, le regard soudain voilé mais visiblement soulagée.

Elizabeth, un peu décontenancée par les yeux et les propos énigmatiques de sa mère, décida de ne pas en dire plus pour l’instant. Elle se résolut à parler de tout autre chose en attendant d’en connaître plus à travers les cahiers et les objets Elle était bien décidée à retourner au plus vite dans cette maison pleine de mystères et de secrets.

— Bientôt l’été, s’exclama Elizabeth, je me réjouis de partir faire ces traductions en Irlande, je sens que je vais pouvoir profiter de ces instants privilégiés pour faire plus ample connaissance avec nos ancêtres.

— Comment cela ? Nous n'avons pas d'ancêtres irlandais, juste un écossais.

— Oui je sais, mais j'ai trouvé dans les cahiers de Janis des tas de notes qui parlaient de lui et d’autres personnages de notre lointaine famille également. Je compte bien faire un regroupement de tous ceux qui ont eu affaire de loin ou de près à la maison dans laquelle j’ai passé une grande partie de mon enfance et toi, Natacha, la plus grande partie de ton temps.

Natacha sourit et elle lui dit qu’elle risquait d’être surprise en lisant ces carnets. Sa tante avait souvent mélangé ses rêves et la réalité.

Le repas terminé, elles se baladèrent pour profiter des rayons du soleil de cette fin de printemps. En flânant de boutique en boutique, elles rentrèrent dans une échoppe de produits naturels. Natacha était très attachée à son bien-être et au respect de son corps, chose qu’elle avait réussi à transmettre à sa fille.

Elles firent quelques achats et au comptoir, le regard d'Elisabeth fut irrésistiblement attiré par une pile de cartes de visite au nom de Madame Rose, énergéticienne, rebouteuse et guérisseuse. Elle rangea sa carte-bleue dans son étui ainsi que la carte en se promettant de se renseigner sur cette personne qui se disait énergéticienne en rigolant intérieurement des gogos qui croyaient à ces fadaises. Elle en fit part à sa mère.

— Tu sais ! Ce n’est peut-être pas si farfelu que ça, lui fit-elle remarquer. Beaucoup de personnes sont convaincues de l’existence du surnaturel. Ne néglige jamais cette option de pensée.

— Ah bon ! Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

— Tu le découvriras sûrement par toi-même, si tu t'intéresses à l'histoire familiale...

Elizabeth était de plus en plus intriguée par les propos de sa mère, mais celle-ci se tut et elle ne put pas en savoir davantage.

Pourquoi ne lui en avait-elle jamais parlé auparavant ? Elle savait plus de chose qu’elle ne le laissait croire. Elle devait en avoir le cœur net, pour cela elle devait terminer de parcourir, du moins survoler, les cahiers de Janis, se dit-elle en son fors intérieur. Natacha interrompit ses pensées :

— Regarde, nous sommes arrivées près du lieu de travail de Paul, on peut s’installer à une terrasse et boire un café en l’attendant.

— Oui ! Tiens ! Il ne va pas tarder à arriver justement.

Paul se dirigea vers le café en les apercevant à la terrasse. Ils discutèrent passionnément avec Laurence, sa collègue, de la signification des glyphes sur la pierre.

— J’ai mis Laurence au courant de tout ce que nous avons vu autour de la pierre et nous étions justement en train d’en discuter. Elle s’y connaît bien en écrits anciens… Laurence ! Tu connais déjà Elizabeth et voici Natacha, ma future belle-mère…

Ces mots firent sourire Natacha et rougir Elisabeth.

— Drôle de manière de faire sa demande en mariage, pensa-t-elle. Mais elle se leva pour enlacer son amoureux avec tendresse et passion.

Laurence était traversée par un sentiment de jalousie exacerbée. Elle qui n’éprouvait d’habitude pas de sentiments négatifs aussi fort, s'inquiétait de cette sensation et ne comprenait pas la raison de cette colère. Elle aurait dû se réjouir pour son collègue et ami.

Ils commandèrent une bière et Paul exposa son projet au sujet de la source. Natacha les écouta, attentive au moindre détail mais ne jugea pas utile d’intervenir dans la conversation pour l’instant. Captivée par les événements relatés, elle était surprise d’entendre parler de cette pierre et de ses inscriptions. Selon elle, la source jaillissait d’une souche pleine de lierre.

— Je veux fouiller de manière méthodique le site, Laurence veut bien m’y accompagner, on peut toujours compter sur ses connaissances approfondies.

— Oui, la pierre et ses inscriptions sont un grand mystère et les photos ne sont pas suffisamment bonnes pour pouvoir tout déchiffrer d’une traite, affirma Laurence véhémente.

Et puis, il y a cette source dont vous décrivez les effets et ça pour moi, c’est imparablement lié. Je pense également que les pierres font partie d’un ensemble qui forme un sanctuaire. Donc, il faut trouver les autres. Et Thibault qui vient de rejoindre notre équipe, se passionne pour les différents lieux magiques en France, c'est son sujet de thèse. Il a créé un algorithme d'analyse pour vois s'il pouvait mettre en évidence un lien entre ces lieux et les différentes légendes dans un cadre de l'évolution sociale de notre culture. C’est un geek, dès qu'il voit un site archéologique et des inscriptions, il fait mouliner ses machines.

— Bien ! dit Natacha, le terrain et sa maison appartiennent désormais à Elizabeth, c’est à elle de décider de ce que vous pouvez faire dessus.

— C’est une très bonne idée, ces fouilles, mais on ne peut pas attendre que je sois revenue de mon voyage pour les faire, j’aimerais bien être présente pour les découvertes...

— On peut peut-être attendre ton retour… commença Paul, mais de suite il fut interrompu par Laurence.

— Il est urgent de commencer les fouilles le plus tôt possible, car tu pourrais ainsi les présenter au congrès, à l’automne, sur le néolithique de l’Europe du Sud-Ouest.

— Oui ! Je trouve ça parfait, dit Elisabeth. Donc, vous partez avec Thibault sur le domaine pour des fouilles pendant que moi, je serai en Irlande. Je vous rejoindrai dès mon retour, directement là-bas.  Foncez ! Vous pourrez profiter au mieux de la maison, tous ensemble.

Laurence jubilait, elle arriverait à ses fins avec Paul, c’est clair. Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait ses pensées.